Tour de France 2020 : à la sauce béarnaise !

Tour de France 2020 : à la sauce béarnaise !

17 octobre 2020 0 Par Victor Roussel
5
(1)

Dans un précédent article nous vous avions raconté la 8ème étape du Tour de France 2020 qui reliait Cazères-sur-Garonne à Loudenvielle et qui fut remporté avec brio par le français Nans Peters. 

Nous ne pouvions pas en rester là. 

Parce que la passion du vélo et de la montagne est plus forte que tout, nous nous sommes rendus dès le lendemain dans le Béarn sur les pentes du col de Marie Blanque pour une ascension mythique autant pour les coureurs que pour le public. 

Notre neuvième étape

Dimanche 6 septembre, 9h.

Malgré les yeux bouffis par le manque de sommeil, la fatigue laisse bientôt place à l’excitation. L’excitation du Tour de France, de ces trois semaines intenses où la fébrilité de la course vient se mêler aux cris des supporters et où, le temps d’une journée, les bourgades qui accueillent la plus grande course du monde deviennent le centre du monde.

Cette atmosphère là, incomparable et inexplicable, nous ne pouvions nous en passer. Après avoir escaladé le mythique col de Peyresourde à vélo, bavardé avec les gens au bord et des routes et nous être enivrés de l’effervescence de la plus grande course du monde nous avions décidé de revenir le lendemain pour la 9ème étape du Tour entre Pau et Laruns. 

Tout comme la veille, nous voulons nous positionner à un endroit stratégique de la course : là où la victoire d’étape allait probablement s’écrire et où les attaques fuseraient. À Peyresourde nous avons rencontré Antoine, natif de Pau, qui nous invita à le rejoindre sur les pentes du col béarnais. Ce col situé à 1035m d’altitude, 15km de l’arrivée constitue la dernière difficulté de l’étape. Il nous expliqua que cette côte allait être capitale pour la course : primo, sur les 7,7km d’ascension les 4 derniers sont à plus de 11% de pente moyenne avec des passages supérieurs à 18%. Deuxio les trois premiers coureurs en tête en haut du col auront des secondes de bonification dans le classement général (1er : 8sec, 2ème : 5sec et 3ème : 3sec). 

Le col de Marie-Blanque dans le Tour de France
Profil de l’ascension du col de Marie Blanque par son versant le plus dur (via Escot)

Souvent escaladé par son versant le plus dur (par Escot), le col de Marie Blanque doit son nom à Marie Asserquet (1765-1849). Surnommée ainsi en raison de la blancheur de sa peau, elle aurait été la dernière des « aurostères », ces femmes qui improvisent des chants funèbres lors d’obsèques. Etait-ce une prémonition pour la journée qui allait arriver ?

Nous voici donc partis depuis Toulouse (encore) à destination du col bien nommé. Nous mettons pratiquement 2h30 pour relier Toulouse au pied du col, espacé d’une pause déjeuner à Pau pour ne pas débuter l’ascension le ventre vide. 

Contrairement aux coureurs du Tour nous décidons d’escalader la montagne par le versant opposé, bien plus facile que celui d’Escot. Nous garons la voiture vers midi à Louvie-Juzon, petit village à proximité du col. Après nous être équipés de nos combinaisons et avoir rempli les gourdes nous nous lançons à l’assaut de Marie Blanque. 

Pour remplir les gourdes, rien de mieux que la (très fraiche) rivière qui traverse le village de Louvie-Juzon

L’odyssée de Marie Blanque

Nous aurions aimé, tout comme Peyresourde, vous parler du profil de cette ascension et de la difficulté de sa pente. Mais rien ne s’est passé comme prévu. 

À 12h15 nous nous présentons au pied de l’ascension lorsque nous voyons plusieurs cyclistes bloqués par des gendarmes. Ces derniers ont pour consigne (mesure sanitaire oblige) de fermer l’accès au col à partir de 12h pour les cyclistes; les piétons quant à eux peuvent passer librement. Nous ne nous dégonflons pas : mon collègue propose de passer par le village voisin et d’aborder le col plus en hauteur. Bonne idée. 

Nous nous lançons donc dans un jeu du chat et de la souris avec les gendarmes. Plusieurs autres cyclistes se greffent à la partie et nous voilà lancés sur des chemins de randonnée pour rallier le sommet. Les chemins, d’abord abordables, se transforment en véritables murs (de Grammont pour les plus fin connaisseurs des classiques cyclistes), et l’humidité aidant, notre progression se fait de plus en plus faible. Moins perspicace que mon collègue, je n’ai pris que mes chaussures pour vélo, équipés de cale ce qui empêche totalement de mettre un pied devant l’autre convenablement. Je décide de les retirer, tant pis pour mes chaussettes.

Nous débouchons sur un village, et lorsque nous voulons rejoindre la route du col, rebelote : un gendarme nous arrête mais nous autorise à monter si nous marchons à côté de notre vélo. À peine avons nous le temps de faire un kilomètre qu’un autre gendarme nous arrête, mais cette fois pour de bon. Avec mon collègue, nous commençons à avoir l’habitude des chemins et nous décidons de couper tout droit à travers la montagne.

En dehors des sentiers battus. Devant nous, dans la brume, se dresse le col de Marie Blanque

Nous voilà donc lancés sur un chemin caillouteux qui rappelle les Strade Bianche italiens (nous aurons fait toutes les classiques en une journée) qui laisse bientôt place à un immense champ de pâturages où évoluent vaches et chevaux. Nous apercevons le haut du col, perché en haut d’une montagne qui nous paraît infranchissable; mais l’envie d’être sur le bord de la route du Tour est plus forte que tout alors nous continuons notre périple en nous enfonçant maintenant dans des chemins boueux qui n’en finissent pas. L’eau s’infiltre dans les chaussures, la boue s’incruste partout sur le vélo que nous devons désormais porter avec le peu de forces qu’il nous reste et les cale-pieds arrivent à me faire tomber à plusieurs reprises. 

Mais enfin nous arrivons. Enfin !

Une étape prémonitoire pour la suite du Tour ?

Le public, déjà très nombreux, est très surpris de nous voir trempés de la tête aux pieds marchant hagards à côté d’un vélo encrassé de boue et d’herbes. 

Mais qu’importe ! Bientôt nous retrouvons notre collègue de la veille à 1km du sommet sur le versant d’Escot pour passer le reste de la journée en sa compagnie. Cette fois il est venu en compagnie de sa radio portative ce qui nous permet de connaître la progression de la course en temps et en heure. Nous apprenons ainsi que le suisse Marc Hirschi (qui s’est déjà distingué sur la 2ème étape remporté par Julian Alaphilippe) est parti en solitaire de son groupe d’échappée à 7km du sommet et qu’il se présente seul dans le col de Marie-Blanque. 

Derrière, le peloton roule à vive allure et si des grimpeurs tels que Thibaut Pinot lâchent du temps au pied du col, d’autres s’accrochent pour ne pas perdre le contact. C’est le cas du britannique Adam Yates qui sait que son maillot jaune est menacé par le slovène Primoz Roglic.  Malgré l’inclinaison (très) raide de la pente, Hirschi passe devant nous à une vitesse folle mais il est suivi de près par une attaque fulgurante du jeune slovène Tadej Pogačar qui emmène sans sa roue Roglic mais aussi le vainqueur sortant du Tour Egan Bernal ainsi que Mikel Landa et Richie Porte. Les autres favoris (Quintana, Bardet, Mollema, Martin, Aru) sont à quelques secondes derrière et le maillot jaune perd bientôt le contact : il sait qu’il va le perdre ce soir en arrivant à Laruns. 

Après le passage des coureurs nous écoutons la radio et nous apprenons qu’Hirschi vient de se faire reprendre par le groupe des favoris à 1,6km de l’arrivée. La victoire d’étape va donc se jouer au sprint entre les deux slovènes, le suisse et le colombien Bernal. C’est finalement Pogačar qui s’impose devant son compatriote Roglic et devant Hirschi. Il s’agit de la première victoire d’étape de Pogačar pour son premier Tour de France à l’âge de 21 ans seulement. Autre bonne opération : celle de Primoz Roglic qui s’empare du maillot jaune au détriment d’Adam Yates. Il compte désormais 21 secondes d’avance sur Egan Bernal et 28 sur le français Guillaume Martin, la révélation française de ce Tour 2020. 

Alors, cette neuvième étape pourrait-elle être le reflet de ce Tour de France ? Probablement, puisqu’elle a su mettre en exergue les ambitions de chaque coureur : certains joueront le classement général, d’autres les étapes et beaucoup n’auront ni le niveau, ni la forme pour prétendre à un succès sur ce Tour. Pogačar qui avait perdu 1min20 sur un coup de bordure à Lavaur durant la 7ème étape a su se relancer et attaquer sans cesse pour rattraper son retard, quant à Roglic, il peut compter sur une équipe solide qui l’emmènera loin. Enfin, Bernal et les autres ont commencé à montrer quelques faiblesses lorsque la route s’élève, ce qui n’annonce rien de bon pour le vainqueur sortant qui abandonnera quelques jours plus tard à la suite de l’étape du Grand Colombier.

Print Friendly, PDF & Email

Que pensez-vous de l'article ?

Cliquez sur une étoile pour l'évaluer !

Moyenne 5 / 5. Nombre de votes : 1

Aucun vote pour l'instant 🙁 Soyez le premier à noter cet article !

Nous sommes désolés que cet article ne vous ait pas été utile...

Améliorons cet article !

Que devons-nous améliorer ?