Les mondiaux du Yorkshire : ou l’illustration du mot « dantesque »

Les mondiaux du Yorkshire : ou l’illustration du mot « dantesque »

19 octobre 2019 0 Par Samuel Bauguil

Entre le 22 septembre et le 29 septembre, sept jours se sont écoulés à Harrogate dans la province de Yorkshire, mais se furent sept jours de folie.

« It’s raining cats and dogs ! « 

Le Royaume-Unis est connu partout dans le monde notamment pour sa météo légendaire. Si le « London Fog » est un emblème national à l’instar de Big Ben, il faudrait désormais rajouter le mot « déluge » à la description du Yorkshire. 

En théorie, ce n’est ni attractif ni excitant la pluie… Mais lorsque l’on est amateur de cyclisme depuis son canapé, elle nous fait au contraire sourire et espérer des scénarios inattendus. Et on ne peut en effet pas dire que l’on a été déçu du spectacle : du premier au dernier jour, se sont des trombes d’eau qui viennent fouetter les coureurs. Certaines portions du circuit deviennent impraticables, c’est notamment le cas pour la dernière côte avant l’arrivée, qui est finalement enlevée du parcours la veille de l’épreuve masculine. D’autres n’ont pas été supprimé et ont grandement surpris plusieurs coureur à l’instar du hongrois Atilla Valter et du danois Johan Price-Pejtersen, qui se sont retrouvés presque noyés dans une grande flaque lors de l’épreuve du contre-la-montre.

Le danois Johan Price-Pejtersen chutant dans une flaque impressionnante lors du contre la montre. (Eurosport)

Contre-la-montre masculin : un retour triomphant pour Dennis

Le 25 septembre a lieu l’épreuve du contre-la-montre individuel masculin. Aux yeux des bookmakers, la tendance serait à prédire la victoire d’un coureur belge. Parmi ces coureurs, on peut citer le prometteur Remco Evenepoel (vainqueur de toutes les épreuves juniors l’an passé au mondiaux de Innsbruck) et le grand baroudeur Victor Campenaerts. Le slovène Primoz Roglic, vainqueur tout récent de la Vuelta est lui aussi présent et compte bien tirer son épingle du jeu puisque, rappelons le, sa spécialité avant la montagne reste tout de même le contre-la-montre.

Au final, aucun de ces cités ne fini lauréat de l’épreuve, et c’est le revenant Rohan Dennis qui monte sur la première marche du podium. Ce dernier, certes déjà vainqueur de l’épreuve l’an passé, sort d’une grosse saison à blanc. En signant dans l’équipe Bahrain-Merida, son rôle a totalement changé. Sa nouvelle équipe décide de faire de lui un leader pour les classements généraux des grands tours au côté de l’italien Vicenzo Nibali. Mais ce choix ne s’avère absolument pas payant : l’australien n’est aligné que sur le Tour de France et les jambes ne sont pas aux rendez-vous, il abandonne au matin de la douzième étape. Dès lors, Dennis disparait des radars, mais revient triomphant et gagne les mondiaux avec 1 minute et 9 secondes d’avance sur Evenepoel. Après sa victoire, le champion du monde annonce la résiliation de son contrat avec l’équipe Bahrain-Mérida. On ne connait pas encore sa destination future, mais quoi qu’il arrive Dennis saura retrouver sa forme et son panache, et surtout rapidement oublier ce mauvais passage dans l’équipe bahreïnienne. 

Rohan Dennis conserve son titre de champion du monde du contre-la-montre avec aisance. (Cyclism’Actu)

Course en ligne masculine : la petite sirène surgie du torrent

C’est sous la pluie battante que s’élancent 195 coureurs prêts a en découdre. Au programme, un grand parcours vallonné de 280 kilomètres initialement prévu, mais réduit à 262 kilomètres en raison de la météo. 

Après un mondial 2018 à Innsbruck offert aux grimpeurs, celui-ci est prévu pour offrir la victoire à un baroudeur et pourquoi pas à un sprinteur. De ce fait, les favoris sont nombreux. Julian Alaphilippe, coureur le plus en vue en cette saison, est de la partie. Le slovaque Peter Sagan, déjà trois fois vainqueur de l’épreuve compte bien retrouver sa tunique arc-en-ciel. Alexender Kristoff, très bon sprinteur norvégien et vainqueur cette année de la classique du Gand-Wevelgem est aligné, ainsi que l’italien Alberto Bettiol, dernier vainqueur du Tour des Flandres. Il faut aussi noter la présence de Mathieu Van der Poel, petit fils de Raymond Poulidor, véritable étoile montante du cyclisme mondial, vainqueur pour sa première année au très haut niveau de deux classiques à savoir la Amstel Goldrace et À Travers la Flandres. Mais là encore, tout le monde voit le vainqueur dans l’équipe belge, et ce à juste titre, puisque le « plat pays » affiche une véritable armada : Tim Declercq, Remco Evenepoel, Philipe Gilbert, Yves Lampaert, Oliver Neasen, Dylan Teuns, Greg Van Avermaet et Tim Wellens, soit un des meilleurs effectifs jamais affiché par une équipe. 

Mais la météo va déjouer tous les pronostics. En effet, seulement 46 coureurs finiront la course, preuve de la difficulté extraordinaire de l’épreuve. Les choses se décantent véritablement à 25 kilomètres de l’arrivée. Voyant la fin de l’épreuve se rapprocher et la prédominance des belges peu à peu s’effacer, Van Der Poel décide de placer un coup de pédale phénoménal. Dans la contre attaque, seul l’italien Matteo Trentin réussi à le suivre, alors que les Alaphilippe, Sagan ou Van Avermaet reste assis et n’arrivent pas à raccrocher la roue du prodige hollandais. C’est désormais un groupe de quatre coureur qui se bat à l’avant, composé des attaquants Van Der Poel et Trentin, ainsi que des deux échappés matinaux qui sont le suisse Stefan Kung et le danois Mads Pedersen. Mais nouveau coup de tonnerre vers la banderole annonçant les 10 kilomètres avant l’arrivée : Van Der Poel, qui semblait en grande forme, est victime d’une hypoglycémie et laisse donc ses trois compagnons se disputer la victoire.

Dès lors, Matteo Trentin est clairement le favori pour aller passer la ligne d’arrivée en première position. Ce dernier est un sprinteur reconnu, et se voit donc certainement déjà champion du monde avant l’heure. Mais le sprint final ayant été lancé un peu trop tôt par Kung, Trentin se fait coiffer à la pédale par l’inattendu Mads Pedersen, qui devient à la surprise générale le plus jeune champion du monde à 23 ans.

Le danois Mads Pedersen, heureux vainqueur d’une course dantesque et désormais champion du monde. (Lequotidien.lu)

Courses féminines : les hollandaises ont le « van » en poupe

Que ce soit sur un grand tour ou sur une épreuve d’un jour, une épreuve de cyclisme féminin est toujours quelque chose d’impressionnant. Les coureuses dégagent du dynamisme, du panache et ne sont pas avares d’efforts. Depuis quelques années, c’est un duo d’hollandaise qui impose sa domination sur les courses féminines. Annemiek Van Vleuten et Anna Van Der Breggen, voilà les deux prestigieuses championnes. Elles détiennent un palmarès impressionnant, et rien que cette saison, elles ont gagné à elle deux la quasi totalité des grandes épreuves. Van Vleuten remporte le Giro féminin, le Strade Bianche et Liège-Bastogne-Liège alors que Van Der Breggen assomme ses concurrentes sur la Flèche Wallonne, sur le Tour de Californie, ainsi que sur le Grand Prix de Plouay. 

Annemiek Van Vleuten remportant en solitaire son premier titre de championne du monde. (NRC)

C’est donc gonflées à bloc que les néerlandaises se présente Harrogate, bien décidées à ne faire qu’une bouchée de ces mondiaux. Et on ne peut pas dire qu’elles ne sont pas passées inaperçues. Van Vleuten écrase samedi la course en ligne, avec plus de deux minutes d’avance sur sa compatriote, et devient pour la première fois de sa carrière championne du monde. Seul le contre-la-montre échappe à leur prédominance. À la surprise générale, c’est la pistarde américaine Chloé Dygert Owen, du haut de ses 22 ans, qui vient souffler la victoire à Van Der Breggen, qui fini donc deux fois seconde lors de ces mondiaux. On retrouve sans surprise Van Vleuten sur la troisième marche du podium, qui quitte la tenue arc-en-ciel du contre-la-montre après l’avoir revêtu pendant deux ans.

Chloé Dygert Owen savoure son titre aux cotés d’Anna Van Der Breggen à gauche et d’Annemiek Van Vleuten à droite. (Les-actus-du-cyclisme.com)

Ça en est désormais fini pour les cuissards des équipes nationales en cette saison 2019. La prochaine promet d’être dantesque pour les fédérations, puisqu’en plus des championnats du monde qui se dérouleront en septembre dans le pays de Cancellara, en Suisse, il y aura un autre titre prestigieux que tous les coureurs chercheront à décrocher : la médaille d’or des jeux Olympiques. Rendez-vous entre les 25 et 29 juillet 2020 à Tokyo pour connaître les prochains héros qui rentreront au panthéon du cyclisme.