Le judo : une histoire de genre ?

Le judo : une histoire de genre ?

31 août 2019 0 Par Julie Anglade

Hier, la Française Madeleine Malonga a été sacrée championne du monde de judo dans la catégorie de moins de 78 kg. Elle accompli l’exploit en battant la Japonaise Shori Hamada, tenante du titre, par ippon en finale, vendredi 30 août à Tokyo, à un an des JO 2020 dans la capitale japonaise.

A 25 ans, il s’agit de sa première médaille mondiale. Déjà couronnée championne d’Europe en 2018 et médaillée de bronze européenne il y a deux mois, elle s’était classée septième pour ses premiers Mondiaux il y a un an dans une catégorie longtemps dominée par Audrey Tcheuméo.

A l’occasion de son sacre, revenons rapidement sur l’histoire du judo et sur la pratique féminine de se sport.

Jigorô Kanô et la naissance du judo

Le judo a été créé dans le Japon du 19 ème siècle par Jigoro Kano. Critiqué tout au long de sa jeunesse à cause de sa frêle carrure, il s’est investi très tôt dans la pratique sportive. A l’époque d’un Japon en pleine ouverture sur le monde occidental, il s’est intéressé à des sports encore peu développés dans son pays comme le baseball. Il fondera d’ailleurs le premier club de base ball japonais en 1878. Contrairement aux idées reçu c’est de nos jour le sport le plus pratiqué au japon, avant les arts martiaux.

Ne trouvant pas dans ces sport un moyen de développer ses capacités physiques il se lance dans l’apprentissage du Ju-Jitsu au moment où la pratique de ce spot decline au japon. Art martial à l’origine utilisé par les samouraïs pour maitriser un adversaire à mains nues et le mettre hors d’état de nuire les armes à feu mettent à mal sa pratique. Très régulier dans ses entrainements, il maitrise rapidement différentes techniques propres à ce sport.

Jogorô Kanô, photo publiée en 1977 dans The Japanese Book « 空手道 »(Karatedo)

Après avoir été reconnu expert par les deux Ryu (c’est à dire écoles des techniques), il put selon la législation impériale, fonder un nouveau Ryu. C’est ainsi qu’en 1882, il fonda le Kodokan. Le mot « Kôdô » en japonais signifie apprendre, éprouver et pratiquer le principe. Il nomma sa discipline Judo. En japonais le kanjis « Ju » désigne un concept général à savoir « l’adaptation ». Le Kodokan est donc l’établissement au sein duquel on peut éprouver, pratiquer et apprendre le principe de la souplesse dans le sens adaptation.

Son ambition est de moderniser le Ju-Jitsu. Il cherche à transformer ce sport en un moyen d’éducation du corps et de l’esprit. Jigorô Kanô souhaite populariser au niveau national une pédagogie visant à mieux utiliser ses ressources physiques et mentales. Il énonce en 1921 les principes fondamentaux du Judo : Seiryoku Zen’yo (meilleur emploi de l’énergie) et Jita Kyoei (prospérité et bien être mutuel). Le Judo devient un moteur de développement personnel, visant à renforcer aussi bien le corps que l’esprit. Ses écoles vont se développer et il gagnera en importance dans son pays. Le judo et la politique japonaise deviendront d’ailleurs assez liées. Entre 1909 et 1911, Jigorô Kanô devient le premier membre japonais du Comité international olympique et fonde l’Association athlétique japonaise.

Le Judo est depuis catégorisé comme un art martial moderne. Il a par la suite évolué en sport de combat puis en sport olympique. Il est d’ailleurs le premier art martial japonais à avoir obtenu une reconnaissance internationale et à avoir intégré les Jeux Olympiques.

Les femmes et le Judo

« La pratique du Judo est trop violente pour les femmes et peuvent les empêcher d’avoir des enfants » statuaient beaucoup de professeurs de Judo des années cinquante

Si le Judo n’était pas directement interdit aux femmes, aucune compétition n’avait le droit d’être organisée. De fait, le Judo féminin ne pouvait pas être pris au sérieux. Des différences dans les pratiques enseignées existaient également : insistance sur la beauté et l’esthétique des katas (succession de mouvements codifiés mimant un combat et réalisant une démonstration technique) plus que sur leur efficacité par exemple. En effet, la majorité des professeurs de cette époque pensaient qu’à cause de sa dangerosité pour le corps des femmes, le Judo devait être adapté pour la pratique féminine. Ces differences rendaient quasiment impossible la mixité. Il faudra attendre les années soixante pour que ces idées soit peu à peu abandonnées.

Des differences dans la remise des grades étaient aussi à noter. Comme les ceintures feminines ne pouvaient pas valoir les ceintures masculines, une bande blanche barrait les ceintures de couleur attribuées aux femmes. Cette pratique d’ailleurs est encore en vigueur au Japon. De plus, dans les années cinquante en France, l’obtention de la ceinture noire était soumise à un examen mixte. En effet les participantes n’étaient pas assez nombreuses pour s’affronter entre elles. Il était donc très difficile pour une femme d’accéder à ce grade jusque dans les années soixante-dix.

Pourtant, en marge du mondial de 1950, une première compétition est ouverte à toutes les femmes titulaires de la ceinture orange. Elle se déroula à Paris. Toutes les techniques y étaient autorisées, mais du fait du manque d’expérience des participantes cette compétition s’avéra bien plus aggressive qu’attendue. Les retours furent donc pour la plupart négatifs. Cependant, toutes les femmes ayant participé devinrent dans un laps de temps plus ou moins long ceinture noire. L’année suivante, la Grande Bretagne organisa la première compétition de Judo sur son territoire.

Les premiers championnats du monde de Judo féminin se tinrent en 1980 à New York au Madison Square Garden. Jocelyne Triadou, qui avait déjà remporté le premier titre de championne de France en 1974, devint la première française sacrée championne du monde dans la catégorie moins de 72kg. En 1988 le Judo féminin fit son entrée aux Jeux Olympiques de Séoul comme sport de démonstration. A l’occasion des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, Cécile Nowak et Cathy Fleury devinrent les premières Françaises championnes olympiques.

Le Judo féminin ne cesse de gagner en importance. Même si l’accent est encore mis sur les différences de souplesse et de puissance pour définir le judo féminin, les fédérations s’engagent à arrêter de comparer les judokas féminin à leurs homologues masculin et à reconnaître les spécificités liées à la pratique masculine. Il ne peut exister qu’une seule forme de Judo.