Le cyclisme condense : bonne ou mauvaise idée ?

Le cyclisme condense : bonne ou mauvaise idée ?

26 décembre 2020 0 Par Samuel Bauguil
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Le 28 août 2020, le calendrier cycliste reprenait enfin avec le départ du Tour de Burgos, première course professionnelle disputée en Europe Occidentale depuis le Paris-Nice, prématurément terminé le 14 mars, à cause de la pandémie mondiale du COVID-19.

Si, depuis mars, de nombreuses chaînes télévisées se sont employées à la rediffusion quotidienne de courses cyclistes de légendes, le vélo a tout de même énormément manqué aux amateurs de sport. De ce fait, le mois d’août était attendu au tournant, tant par les sportifs que par les spectateurs.

Environ 4 mois plus tard, avec la fin du calendrier et de Vuelta, quel bilan pouvons-nous tirer de ce « deuxième » début de saison ?

Le cyclisme : un plaisir accentué

Le premier constat que l’on peut aisément faire, c’est que le spectacle et le succès sont bel bien au rendez-vous. Si une saison « normale » de cyclisme est déjà riche en intensité et émotion, celle que nous vivons l’est encore plus du fait de ces longs mois de sevrage. 

En effet, le calendrier cycliste étant réduit de août à novembre, avec notamment l’infime proximité entre les trois Grands Tours, les équipes se ruent sur les diverses courses pour re-enclencher les machines.

Le Franco-Russe Pavel Sivakov amenant Egan Bernal dans sa roue dans le Col de Beyrède, lors de l'avant-dernière étape de la Route D'Occitanie. (La Dépêche)
Le Franco-Russe Pavel Sivakov amenant Egan Bernal dans sa roue dans le Col de Beyrède, lors de l’avant-dernière étape de la Route D’Occitanie. (La Dépêche)

Les start-lists proposées au départ des courses sont inédites, et des gros noms s’inscrivent sur des épreuves auxquelles ils n’auraient pas participé en temps normal. Nicolas Garcera, organisateur du Mont-Ventoux dénivelé challenge, course disputée le 6 août, a par exemple dit au micro du Gruppetto qu’en « année normale, nous n’avions pas d’équipes avec des coureurs de renom ». Mais il ajoute aussi « qu’il y a bien une chose qu’il faut reconnaître, c’est que la re-programmation en phase de préparation du Tour de France nous permet d’avoir un plateau relativement exceptionnel cette année ». Quasiment toutes les courses se sont retrouvées dans cette configuration. On peut aussi prendre l’exemple de la Route d’Occitanie, qui notamment enregistré la participation du Team Ineos, avec le vainqueur du Tour de France 2019 Egan Bernal. 

Le Russe Aleksandr Vlasov, remportant le Mont Ventoux Dénivelé Challenge 2020.
Le Russe Aleksandr Vlasov, remportant le Mont Ventoux Dénivelé Challenge 2020.

Fatalement, les gros noms ont de l’intérêt et attirent la curiosité, ce qui explique le succès de la reprise. Le meilleur exemple reste celui du Tour de l’Ain, qui s’est déroulé du 7 au 9 août, et qui a littéralement explosé le record de téléspectateurs de la chaîne Eurosport. 

Une élimination par l’arrière

Mais si certaines courses connaissent un succès sans précédent grâce à ce nouveau calendrier, d’autres en payent les frais. En effet, en trois mois, il est impossible de plannifier l’intégralité du programme initial. 

S’il est évident que les Cinq Monuments ainsi que la très grande majorité des Classiques et épreuves World Tour ont trouvé une date de substitution pour leur bon déroulement, cela l’est beaucoup moins pour les « autres » épreuves.

Paris-Roubaix, le plus célèbre des Monuments cyclistes, trouve une place dans le nouveau calendrier cycliste, avant d'être annulé à cause du contexte sanitaire. (L'Humanité)
Paris-Roubaix, le plus célèbre des Monuments cyclistes, trouve une place dans le nouveau calendrier cycliste, avant d’être annulé à cause du contexte sanitaire. (L’Humanité)

Nicolas Garcera, toujours au micro du Gruppetto, explique que lorsqu’on est une course de classe 1, c’est-à-dire de niveau continental avec une participation d’équipe World Tour de 50% maximum, « on n’organise pas une course pour gagner de l’argent ». Ces épreuves offrent aussi peu de points UCI et ne sont donc pas la priorité des grosse écuries. 

Mais si le Mont Ventoux dénivelé challenge a pu avoir lieu, ce n’est pas le cas d’un grand nombre de courses françaises, qui voient leurs projets repoussés à 2021.

Nouveau calendrier cycliste de la saison 2020, qui sera petit à petit encore modifié. (UCI)
Nouveau calendrier cycliste de la saison 2020, qui sera encore modifié progressivement. (UCI)

C’est notamment le cas du Tro Bro Leon, une course pourtant inscrite en UCI ProSeries. Se déroulant au mois d’avril depuis la première édition en 1984, le « Paris-Roubaix Breton » fait les frais la pandémie mondiale, et ne parvient pas à s’inscrire dans la calendrier condensé de l’année 2020. 

Grand Prix de Fourmies, Paris-Bourges, Tour du Finistère, Binche-Chimay-Binche… tant de célèbres épreuves qui afficheront « annulation » à leur palmarès en 2020. 

Une nouvelle cadence : des inégalités se dégagent

Faire face au Covid-19

Le nouveau calendrier cycliste de l’année 2020 relève de l’inédit. La très grande majorité des courses se déroulent en été et début d’automne, c’est-à-dire sous un climat plutôt chaud. L’enchaînent des épreuves n’a jamais été aussi condensé. Les dates sont complètement chamboulées. Des mesures sanitaires hors du communs doivent être mises en place et respectées pour le bon déroulement de la saison…. Mais comment se préparent les coureurs ? Sont-ils en proie à des inégalité au sein même du peloton ? 

Deux coureurs de la Israel Start-Up Nation, munis d'un masque, attendant une prise de température, dans le cadre du respect des règles sanitaires. (Le Parisien)
Deux coureurs de la Israel Start-Up Nation, munis d’un masque, attendant une prise de température, dans le cadre du respect des règles sanitaires. (Le Parisien)

Pour ce qui est des questions de sécurité publique sanitaire, tous le monde est logé à la même enseigne : masque obligatoire avant et après les courses, éviter le plus possible les contacts avec le public. Au final, « seuls » Paris-Roubaix et des étapes du Giro et de la Vuelta devant faire escale en France se retrouvent annulés ou modifiés à cause du contexte sanitaire. Cependant, au vu du retour farouche de l’épidémie en début d’automne, il va de soit que les organisateurs peuvent tout de même se féliciter d’avoir su maintenir les autres courses du calendrier et d’avoir réussi à préserver la « bulle sanitaire » qui entoure les équipes cyclistes.

Une réglementation inégalitaire

L’autre principal problème réside dans la préparation de cette saison. En effet, la quasi-totalité de la planète s’est retrouvée confinée à partir du 16 mars 2020. Mais rapidement, il s’est posé la question de l’entraînement des sportifs, et notamment des cyclistes. Il est bon de le rappeler, que hormis ‘sur piste’, le cyclisme est un sport d’extérieur. 

En France, il a été décidé par l’État qu’un cycliste n’a pas plus le droit de sortir s’entraîner qu’un autre citoyen. Dans l’ensemble, cela a plutôt été bien pris chez les professionnels, qui se sont rapidement attelés à la pratique du « Home-trainer ».

Entrainement Strava d'Egan Bernal en Colombie en plein confinement, preuve des inégalités entre les différents cyclistes.
Entrainement Strava d’Egan Bernal en Colombie en plein confinement, preuve des inégalités entre les différents cyclistes.

Mais que ce soit en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, ou même en Colombie, la donne était différente. Les cyclistes professionnels avaient en effet le droit de pratiquer leur profession. Et cela n’a pas forcement plu à tous le monde. Pascal Chanteur, président de l’Union nationale des cyclistes professionnels, est notamment monté au créneau au mois d’avril. Ce dernier a expliqué, au micro de FranceInfo que « notre télétravail, c’est le home-trainer, et on ne peut pas préparer le Tour de France avec un home-trainer ». En théorie, ces propos sont justes : les sensations et l’entraînement fait sur un home-trainer n’ont rien à voir avec l’activité sur route. 

La saison 2021 des cyclistes dans le flou ?

Alors, maintenant que la saison 2020 de cyclisme est sur le point de se terminer, quelles leçons devons-nous tirer de ce calendrier si particulier ? Devons-nous améliorer ou encourager l’entrainement solitaire des coureurs ? Devons-nous prévoir un nouveau « calendrier d’urgence » en cas de regain de force du Covid-19 ? L’année 2021 nous livrera toutes ces réponses. 

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