Flashback : Roglic et la Vuelta 2019

Flashback : Roglic et la Vuelta 2019

5 juin 2020 0 Par Samuel Bauguil
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Depuis le 16 mars 2020, l’univers sportif et le monde au sens large est en suspend face à la crise sanitaire du Covid-19. De ce fait, il n’y a plus aucune épreuve sportive à analyser. Pour ne pas laisser la rubrique « article sport » vierge, je décide donc de revenir sur un évènement marquant de l’année 2019, à savoir le dernier des trois Grands Tours : le Tour d’Espagne dit « Vuelta ».

Ce n’était plus qu’une question de temps, et il l’a enfin fait. À 29 ans, Primoz Roglic, coureur Slovène, remporte haut la main la Vuelta 2019, autrement dit son premier grand tour. L’exploit est d’autant plus remarquable qu’il s’agit à peine de sa cinquième participation à l’un des trois Grands Tours.

Jumbo-Visma : l’héritage Rabobank

Durant les années 2000, l’équipe Rabobank, ancêtre de l’actuelle Jumbo-Visma, était l’une des formations phare du peloton mondial. Elle a compté en ses rangs de grands coureurs et s’est bâti un joli palmarès. Pour ne citer que les plus mémorables, on peut parler notamment du danois Michael Rasmussen qui décroche le maillot à pois durant les Tour de France 2005 et 2006. On trouve aussi l’espagnol Oscar Freire qui remporte plusieurs classiques ainsi que le maillot vert du Tour de France 2008. Il ne faut pas oublier le russe Denis Menchov, lauréat de la Vuelta 2007 et du Giro 2009.

La Rabobank lors du Tour de France 2007. (RTBF)

Sans faire le détail de tous les noms, l’équipe a aussi compté en ses rangs de nombreux baroudeurs ce qui lui a permis de décrocher 41 étapes sur les 3 Grands Tours. Au détail, cela donne 24 victoires sur le Tour de France, 13 sur la Vuelta, et 4 sur le Giro. Il n’y a pas dire : la Rabobank est une équipe qui sait s’y faire sur les courses de trois semaines.

Mais en 2012, le sponsor historique Rabobank décide d’arrêter le partenariat avec l’équipe cycliste. Durant deux saisons, jusqu’en 2014, c’est la marque Belkin qui devient sponsor principal de l’équipe. Pendant cette aire, il n’y a pas de grandes victoires retentissantes. Cependant, quelques classiques et victoires en Grands Tours sont à noter. On assiste surtout à l’émergence et à la confirmation de quelques coureurs à l’instar de Bauke Mollema, Sep Vanmarcke ou Wilco Kalderman. 

Lars Boom, vainqueur de la cinquième étape du Tour de France 2014, sous les couleurs de la Belkin. (RTL)

En 2015, nouveau changement de sponsor, mais aussi changement de stratégie. L’équipe s’appelle désormais Lotto-Jumbo. Elle décide de renouveler les effectifs, et tentant le pari de laisser filer deux de ses leaders : Bauke Mollema et Lars Boom. À partir de la saison 2016, l’équipe se montre à nouveau dangereuse dans tous les domaines. Elle détient le prometteur Dylan Groenewegen pour le sprint, Vanmarcke pour les classiques, Gesink pour tous les types de courses, et enfin un sacré lot de coureurs prêts à en découdre sur les Grands Tours. Ils sont 4 leaders : George Bennet, Wilco Kalderman, Steven Kruijswijk, et enfin Primoz Roglic. Si Kalderman quitte l’équipe en 2017, les trois autres restent fidèles à leur écurie. Cette confiance va s’avérer payante pour tous, mais surtout pour Roglic.

Roglic : peu d’expérience mais beaucoup de talent

Bien que champion du monde junior de saut à ski en 2006, ce n’est pas dans cette discipline que Roglic va décider de se consacrer. Il décide de privilégier le vélo, et se choix va là aussi s’avérer être payant. 

Primoz Roglic lors d’une compétition de saut-à-ski, avant de devenir cycliste. (cycling-info.sk)

Comme expliqué plus haut, le slovène signe en 2016 à la Lotto-Jumbo. Il entame alors sa première saison professionnelle. Et qu’importe l’expérience, Roglic frappe un grand coup lors de son premier Grand Tour, à savoir le Giro 2016. Il gagne une étape de chrono en coiffant tous les spécialistes de la discipline. Il termine 58ème du général, mais il marque là le début de la prise de puissance au sein du peloton. 

Roglic lance réellement les hostilités à partir de 2018. Dès lors, il ne terminera jamais au delà de la quatrième place lors des Grands Tours auquel il participe. Quatrième lors du Tour de France 2018, avec en prime la 19ème étape de haute-montagne. Puis troisième lors du Giro 2019, où il remporte les deux chronos, mais se fait coiffer au poteau à la surprise générale par l’équatorien Richard Carapaz. 

Richard Carapaz, vainqueur du Giro 2019. (eldiario.ec)

Malgré cette désillusion, il sait que l’année n’est pas terminée et qu’il reste deux Grands Tours. Le slovène fait donc logiquement l’impasse sur le Tour, laissant sa place à Bennet et Kruijswijk. Son objectif est maintenant clair : remporter la Vuelta 2019, course à laquelle il participe pour la première fois.

La startlist

Après un Tour de France 2019 extrêmement intense, beaucoup de coureurs présents sur la Grande Boucle ne s’alignent pas au départ du Tour d’Espagne. Simon Yates, vainqueur sortant de la Vueta, fait partie de ces absents. Mais le casting reste tout de même impressionnant. 

Parmi les favoris, on trouve Miguel Angel Lopez de la Astana, qui a déjà beaucoup prouvé lors des Giro et Vuelta 2017 et 2018. Jakob Fuglsang, le danois de la Astana et vainqueur récent de Liège-Bastogne-Liège est aussi aligné. Movistar a sorti l’artillerie lourde avec la présence de Valverde le champion du monde, Quintana et Marc Soler pour palier l’absence de dernière minute de Richard Carapaz.

Défilé de présentation des équipes participants à la Vuelta 2019. (Cyclisme reverse)

Viennent ensuite les habitués du podium ou places de luxes sur cette course. Esteban Chaves, le colombien de la Michelton-Scott, plusieurs fois porteur du maillot rouge est présent. Fabio Aru, l’italien du Team UAE, vainqueur de la course en 2015, est aligné et doit prouver qu’il est toujours l’un des meilleurs. Wilco Kalderman, l’ancien coéquipier de Roglic, est le leader de la Sunweb pour cette édition. 

Enfin, parmi les outsiders, on peut citer le lieutenant de route de la Sky : Wout Poels. Mais aussi Latour, le protecteur de Bardet à la AG2R. Le grimpeur polonais Majka et l’expérimenté colombien Rigoberto Uran seront de la partie.

Plaquette de présentation de l’équipe Jumbo-Visma pour la Vuelta 2019. (Team Jumbo Visma)

Mais l’équipe la plus impressionnante, sur le papier, de cette Vuelta n’est autre que la Jumbo-Visma. Roglic est logiquement favori, mais peut compter sur la présence de Tony Martin, Bennet, Kruijswijk (pourtant tous les trois présent sur le Tour) et de Gesink.

En Andorre, les forces se dévoilent

La première semaine de course est assez calme au niveau de la bataille des favoris. Le maillot rouge change souvent d’épaule. Il passe notamment par celles de Lopez ou encore de Nicolas Edet, coureur français de la Cofidis. Valverde en profite aussi pour venir gagner une étape à Valderrobres, et ainsi montrer fièrement à son pays sa tunique arc-en-ciel.

Le champion du monde Alejandro Valverde vainqueur de la septième étape à Valderrobres. (Le Télégramme)

Mais l’un des tournants de la course se fait lors de neuvième étape, exclusivement andorrane. L’étape est marquée par une incompréhension totale au sein de l’équipe Movistar. Les directeurs techniques ordonnent à Marc Soler de stopper sa course vers la victoire d’étape pour aider Quintana à s’emparer de la tunique rouge. Soler est fou de rage. En plus, la stratégie ne sera qu’a moitié payante. En effet, si Quintana devient leader du général, il ne devance Roglic que de 17 secondes; et l’étape échappe à l’équipe espagnole au profit du jeune slovène Tadej Pogacar du Team UAE. Ce dernier se révèle aux yeux du monde entier, et montre l’étendue de son talent à seulement 21 ans. En ce jour, les favoris ont manqué une grande occasion de prendre du temps à Roglic, en vue du contrôle-la-montre du sur-lendemain. 

Marc Soler, énervé, jetant son bidon au sol en guise de protestation face aux décisions de son directeur technique. (Eurosport)

Le leader de la Jumbo-Visma ne va d’ailleurs pas louper cette opportunité. Il remporte le chrono et commence à creuser l’écart au général. Il devance le doyen Valverde de 1 minute 52, Lopez de 2 minutes 11, Quintana de 3 minutes et Pogacar de 3 minutes 05.

À la moitié de la course, seul ces cinq coureurs peuvent encore prétendre à la victoire finale. Les autres favoris, hormis Majka, sont relégués a plus 6 minutes du maillot rouge. 

Une deuxième moitié de course animée

La deuxième semaine est au profit total de Roglic qui creuse son avance. Pogacar en profite pour confirmer son potentiel. Il remporte la 13ème étape en allant décrocher la victoire au sommet de l’Alto de Los Machucos, près de Bilbao. Ce dernier enfile la tunique du meilleur jeune et prend la place Lopez sur la troisième marche du podium. Les Movistar laissent encore du temps à Roglic et Quintana voit le podium s’éloigner petit à petit.

Le jeune Tadej Pogacar gagnant l’étape arrivant à l’Alto de Los Machucos. (RDS.ca)

Mais la Vuelta n’est pas encore gagnée pour Roglic. D’ailleurs, la troisième semaine va lui révéler bien des surprises. En effet, un coup de théâtre se produit lors de la 17ème étape qui amène le peloton jusqu’a Guadalajara, en Castille. La Quick Step tente un coup de poker en lançant une bordure qui va complètement éclater le peloton qui se scinde en plusieurs parties. Parmi les favoris, seul  Quintana parvient à échapper à cette tactique de course et réussi à s’accrocher au groupe de tête. Lui qui avait plus de 7 minutes de retard au général au matin de cette étape parvient à gagner 5 minutes et se retrouve deuxième de la course, avec 2 minutes de retard sur le slovène. Ce coup de maître recevra les louanges de la presse, Eurosport titrera d’ailleurs « Un sacré bazar sacre Gilbert et remet Quintana sur le podium ». La course est alors relancée.

Philippe Gilbert remportant la 17ème étape, durant laquelle le coup de bordure a été effectuée. (UCI)

Mais dès le lendemain, la course s’affole à nouveau. Durant cette étape de montagne, Lopez ne cesse d’attaquer pour essayer de déstabiliser Roglic. Si il n’arrive pas à le mettre en difficulté, il réussi cependant à faire craquer Quintana, qui repasse troisième, ainsi que Pogacar. 

Le lendemain, lors de la 19ème étape, nouveau coup du destin. Un chute importante se produit à 60 kilomètres de arrivée, et le maillot rouge Primoz Roglic est touché. Apprenant cela, la Movistar accélère le rythme pour essayer de distancer le leader et ainsi récupérer sa place. Finalement, le groupe de Roglic réussi à rentrer et l’action de la Movistar fut proie a de nombreuses polémiques et critiques. Les directeurs techniques de l’équipe espagnole se justifient en disant qu’ils avaient prévu d’accélérer à ce moment là quoi qu’il arrive. De toute manière, ce qui est fait est fait. 

Roglic : le nouveau roi d’Espagne

Au matin de la dernière étape, Roglic dispose d’assez de temps pour être quasiment sur de gagner la Vuelta, et doit se contenter de gérer. La réelle bataille sera celle du podium. Et c’est Pogacar qui, en venant gagner sa troisième étape, vient clore le débat et monte sur la troisième marche du podium. 

Primoz Roglic (en rouge) célébrant son titre avec des membres du staff technique de son équipe. (Sud Ouest)

Au final, Primoz Roglic remporte son premier Grand Tour avec 2 minutes 16 d’avance sur le champion du monde de 40 ans Valverde, et avec 2 minutes 38 d’avance sur la révélation Tadej Pogacar. À noter aussi la belle performance de Geoffrey Bouchard qui, pour sa première saison professionnelle, réussi l’exploit de décrocher le maillot du meilleur grimpeur. 

Cette course marque plusieurs tournants pour le monde du cyclisme actuel. Le premier est que Roglic est plus que jamais un prétendant sérieux à la victoire sur l’ensemble des Grands Tours, il a enfin confirmé son potentiel. Le deuxième est la découverte de Tadej Pogacar, qu’il va falloir suivre de très près et qui dispose d’une grande marge de progression. Le troisième est la confirmation dans la cours des grands sprinters de l’irlandais Sam Bennett, qu’il va falloir regarder lors des années à venir sous les couleurs de la Quick Step.

Enfin, cette Vuelta marque la fin du tandem Quintana-Valverde à la Movistar. Le grimpeur colombien ne fait plus l’unanimité au sein de l’équipe espagnole, notamment après le Tour de France 2019 raté de sa part. De plus, Mikel Landa et Richard Carapaz, les deux autres leaders à la Movistar, ont également annoncé leur départ de l’écurie espagnole. A l’inverse, Enric Mas, le prometteur grimpeur colombien fait son arrivée au sein de l’équipe. L’avenir nous dira ce que donnera le renouveau de la Movistar.

Podium final de la Vuelta 2019 avec Roglic vainqueur (au centre), Valverde second (à gauche) et Pogacar troisième (à droite). (UCI)

Désormais, espérons que le cyclisme puisse reprendre comme prévu début septembre, afin de voir si tous ces espoirs se confirment. 

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