L’Histoire à Venir : « Atelier : L’histoire sur Youtube avec la participation de Nota Bene»

L’Histoire à Venir : « Atelier : L’histoire sur Youtube avec la participation de Nota Bene»

30 juillet 2019 0 Par Julie Anglade

Le Festival « L’Histoire à Venir » c’est quoi ?

L’Histoire à Venir est un tout jeune festival crée en 2017. Situé à Toulouse, il a en trois éditions gagné son public et une renommée. Crée à l’initiative de la librairie Ombres Blanche, du Théâtre Garonne, d’universitaires rattachés à la faculté Toulouse 2 Jean-Jaurès et des éditions Anacharsis. Il se déroule tous les ans dans la ville rose, s’articulant autour de deux thématiques pérennes : « Histoire et démocratie » et « Ecrire l’histoire » ainsi que d’une thématique originale différente chaque année. L’édition 2019 était axée autour de la thématique « En commun ». Festival utilisant la participation libre pour subsister, il prône un accès pour tous à la culture. Ses fondateurs souhaitent donner aux toulousains et en particulier aux étudiants l’opportunité de dialoguer avec les grands historiens français ou étranger contemporains. Par ce festival, ils veulent également montrer que l’Histoire à sa place dans les débats et enjeux actuels.

L’Histoire pour tous 

Quelle image vous faites-vous de l’Histoire ? Une sombre discipline où un homme perdu dans des archives dépoussière de vieux ouvrages qui ne peuvent être compris que par une poignée d’initiés ? Ce n’est en tout cas pas l’image que cet atelier nous a transmis. Salle pleine à craquer, moyenne d’âge plus proche du quart de siècle que des trois quarts et utilisation de supports vidéos pour animer l’atelier… En donnant la parole à des vulgarisateurs d’histoire sur Youtube, le festival montre bien qu’à l’âge d’internet la discipline s’adapte et s’ouvre à un public plus hétéroclite. En bref, l’Histoire n’est plus seulement une affaire de vieux bouquins. 

Vous pourrez soutenir la quatrième édition à partir de la page HelloAsso. 

Tout au long de l’atelier, ce sont trois Youtubeurs qui nous présentent leur vision de l’Histoire et comment ils en ont fait leur métier loin du cadre institutionnel de l’université. 

Comment ont-ils commencé ? 

C’est Benjamin Brillaud aka Nota Bene (950 milles abonnés) qui prend la parole en premier. Le fondateur de la plus vielle chaîne Youtube dédiée à l’Histoire (2014) parmi les trois intervenants a rapidement abandonné ses études d’histoire pour un cursus en audio visuel. Il n’a cependant pas perdu son interêt pour la discipline et c’est lors d’une période de chômage qu’il a décidé sans prétention de créer lui même le contenu qu’il ne trouvait pas sur la toile. Le vidéaste trouve son inspiration dans les trois chaînes de vulgarisation connues à l’époque. Il développe l’identité de sa  propre chaîne au fur et à mesure de ses publications en utilisant ses compétences acquises lors de son cursus d’audio visuel. 

C’est Manon Champier aka Manon Bril, fondatrice de la chaîne « C’est une autre histoire » (294 000 milles abonnés) qui prend le relais de la conférence. Diplômée d’un doctorat en histoire, elle joui d’une certaine légitimité. Elle se lance avec un ami vidéaste dans ses première productions alors qu’elle était encore entrain de rédiger son mémoire. C’est lors de l’événement organisé par l’université Jean-Jaurès de Toulouse « Ma thèse en 180 seconde » qu’elle réalise qu’elle aime ajouter une touche d’humour et présenter un sujet précis à un public varié. Elle gagne le prix du public de la finale régionale de l’événement ce qui la pousse à continuer ses vidéos. Ses premières productions seront centrées sur le thème de sa thèse « l’Antiquité et son utilisation au fil du temps » afin de s’économiser du temps de travail et de recherche. Depuis un an, elle se diversifie et ouvre sa chaîne à des sujets plus variés. 

Clothilde Chamussy de la chaîne « Passé Sauvage » (69 000 abonnés) termine ce premier tour de table. Diplômée d’archéologie, elle ne trouve aucun financement pour ses recherches. Elle s’inscrit alors au concours de professeur des écoles et commence les scénarios de ses vidéos. Elle fini par laisser tomber le concours pour se lancer à plein temps dans la réalisation de sa chaîne et arrive sur la plateforme en 2016. Comme Benjamin Brillaud avant elle, elle ne trouve pas de contenu qui la satisfasse. L’archéologie fait figure de facette oubliée de l’Histoire. Se lancer est aussi pour elle un moyen d’affirmer la présence des femmes sur YouTube. Elle déplore en effet leur absence dans certains domaines de la plateforme comme dans celui de la vulgarisation scientifique. 

Quel rapports les trois vidéastes entretiennent-ils avec la communauté scientifique ?

Pour Manon Bril l’Histoire sur YouTube et l’Histoire à l’université ne sont pas comparables. Elles revêtent des facettes différentes. Si un universitaire saura parler en profondeur d’un sujet s’inscrivant dans son champ d’expertise, un Youtubeur parlera de sujets variés en les rendant accessibles aux non initiés. A ces débuts elle n’ose donc pas mettre en avant son passé d’universitaire. 

« Au début je l’ai fait un peu en cachette à la fac, sans trop le crier sur tous les toits car je ne savais pas trop comment ça allait être reçu ». Manon Champier

Entre peur d’être mal vue de la communauté scientifique et peur d’être mise dans la case « prof barbante » par les internautes, elle ne parlera de son parcours que plus tard. Benjamin Brillaud aka Nota Bene rajoute que la méfiance est encore assez présente. En effet, le format vidéo n’est encore que très récent. Certains chercheurs jugent le fond en l’associant à un nouveau format dont ils n’ont pas l’habitude. Pour eux la vidéo n’est pas le moyen le plus adapté pour faire passer l’information.

De plus, les Youtubeurs peuvent se permettre une certaine familiarité dans leurs sujets et dans leur vocabulaire, rendant ansi plus accessible le contenu historique au grand public. Ce qui semble plus difficile à faire pour des universitaires contraints par les exigences du monde scientifique. Cette différence de public est très importante puisque ces deux manières de présenter l’Histoire sont finalement complémentaires et n’entrent pas en compétition. 

Benjamin Brillaud aka Nota Bene, Clothilde Chamussy et Manon Champier aka Manon Bril lors de l’Atelier-Conférence

Quel public pour l’Histoire sur YouTube ?

A ces débuts Nota Bene n’était pas persuadé de l’existence d’un public pour l’Histoire. Il ne savait pas ce que le potentiel public souhaiterai voir. C’est pourquoi il n’a pas été conditionné par des attentes particulières éventuelles. Il a parcouru différents forums, postant les liens de ses vidéos et se faisant bannir de beaucoup d’entre eux afin de trouver ses auditeurs. Il explique qu’une fois son public acquis, il a beaucoup appris de celui-ci afin de lui apporter des contenus plus proche de leurs attentes sans pour autant perdre de vue les sujets qui lui tenaient à coeur. 

« J’ai vu que mon public était très en demande de tout ce qui était période médiévale donc je suis parti la dessus au départ. Et puis moi ça me plaisait aussi. A un moment donné, mes lectures m’ont emmené vers d’autres périodes, style Première Guerre Mondiale. J’ai commencé à en faire, j’ai vu que le public suivait, je les ai emmené avec moi. Finalement on évolue comme ça, le public évolue avec nous : on se nourrit l’un l’autre. » Benjamin Brillaud aka Nota Bene

Clothilde Chamussy et Benjamin Brillaud s’accordent : si le public est une source inépuisable d’inspiration, les Youtubeurs ne parlent que des sujets qui leur semblent intéressants. Ainsi Clothilde se rappelle avoir fait une vidéo sur «Indiana Jones» sans vraiment en avoir eu envie. Pour elle, cela se ressentait dans sa production comme dans l’accueil que le public lui a réservé. Il est nécessaire d’adhérer au sujet pour le traiter sinon tout le monde sera déçu. 

En tant que femme Manon Bril a pu bénéficier de l’appuie de certains magazines dits « presse féminine » comme la revue en ligne « Mademoiselle ». Leur rubrique réservée à la promotion de jeunes femmes entrepreneuses a participé à son lancement, lui permettant de se faire connaître du public. 

Quelle place pour les Youtubeurs dans l’actualité ? Quelle pérennité pour les vidéos dites « de réaction » ?

On entend souvent dire que l’Histoire concerne le passé pourtant elle conditionne le présent. En effet, l’actualité convoque souvent l’Histoire. En politique, on l’utilise allègrement pour assoir certaines allégations. De plus, l’Histoire n’est jamais vraiment neutre. Ce récit, écrit par les hommes du présent, varie en fonction des époques et des réalités sociales. 

Nota Bene explique avoir lancé un format de vidéos destiné à décrypter l’utilisation politique de l’Histoire. Il souhaitait réagir et révéler les emplois abusifs qui en était fait et les manipulations idéologiques à l’oeuvre derrière les discours des hommes et femmes politiques français les plus connus (donc les plus médiatisés). Il s’est rendu compte que ces vidéos suscitaient beaucoup de réactions de la part des internautes mais des réactions pour la plupart négatives. Dans ce type de vidéos, les Youtubeurs laissent transparaitre leurs positions idéologiques et se retrouvent confrontés aux réactions politiques, parfois épidermiques, de leurs internautes. Il leur faut donc avoir la capacité d’encaisser certaines remarques difficiles. Concernant la pérennité de ces vidéos il a noté que les moins « impactantes » sont rapidement tombées dans l’oubli alors que celle traitant de sujets sans consensus étaient encore largement regardées et commentées. 

Pour lui, il existe deux contraintes majeures à ce type de vidéos. 

La première est qu’elles demandent une réactivité sans pareille. Il faut se documenter sur le sujet en quelques heures. C’est dans ces situations que les espaces d’échange entre vidéastes comme « la bibliothèque d’Alexandrie », qui rassemble des Youtubeurs ainsi que des experts de sujets divers, prennent tout leur sens. Ces collectifs leurs permettent d’avoir accès à des relectures collégiales. L’impossibilité de réagir correctement à l’actualité sans l’appui de confrères souligne l’importance de la solidarité dans le métier de Youtubeur. Il faut ensuite tourner et monter la vidéo. Là où une vidéo normale est réalisée puis uploadée en quelque jours, une « vidéo de réaction » doit être produite en quatre heures environ. 

La seconde contrainte est comme dit précédemment, la prise de position politique du Youtubeur. En réalisant la critique d’un discours politique ils se créent une identité politisée sur la toile qui peut nuire à leur image.

Pour Benjamin Brillaud, réaliser des « vidéos de réaction » est avant tout une question pédagogique. Le Youtubeur, par sa capacité à toucher un large public, se doit de sensibiliser et de permettre aux auditeurs de developper leur esprit critique. 

« Je pense que c’est là qu’il y a aussi un travail efficace à faire de pédagogie et de sensibilisation viv à vis du public. » Benjamin Brillaud aka Nota Bene

Article écrit en collaboration avec Arnaud Le Gac