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L’arme nucléaire : véritable protection ou bombe à retardement ?

L’arme nucléaire est aujourd’hui considérée comme l’arme ultime permettant la sécurité mondiale. Or, la possession d’une telle arme peut présenter des risques tant du point de vue écologique que militaire.

La possession de l’arme nucléaire détermine depuis la guerre froide la puissance militaire d’un Etat. Cependant, pour parer les risques causés par l’exploitation de cette arme et son inefficacité face aux « nouvelles guerres », l’abandon du nucléaire militaire peut apparaître comme une solution viable.

La première (et seule) utilisation de l’arme nucléaire remonte à l’été 1945. Lancée sur Hiroshima et Nagasaki, les dégâts qu’elle engendre montre à la face du monde jusqu’où l’être humain est capable d’aller pour détruire son ennemi. Les Etats-Unis, apparaissant alors comme une superpuissance militaire, semblent intouchables, et la question morale de la détention d’une telle arme ne se pose pas immédiatement dans la mesure où les bombardements du 6 et 8 août 1945 ont permis de clôturer la Seconde Guerre Mondiale. En 1946, John Hersey (journaliste pour « The New Yorker ») se rend à Hiroshima dans le but d’écouter l’histoire de six hibakushas (survivants de la bombe atomique). De ce travail découle une série d’articles à laquelle « The New Yorker » consacre un numéro spécial. 

À la lecture de ce reportage, l’opinion publique se rend compte des conséquences d’une telle arme et s’accorde à dire : « plus jamais ça ». Pourtant, la guerre froide est marquée par la course aux armements. La dissuasion nucléaire est alors l’essence du conflit entre les deux superpuissances.

À plusieurs reprises la situation se tend et l’usage de l’arme atomique apparaît imminent, notamment en 1962 lors de la crise de Cuba. Dans leur livre « L’illusion nucléaire : la face cachée de la bombe atomique », Paul Quilès, Michel Drain et Jean-Marie Collin soulignent la probabilité élevée de provoquer une guerre atomique par accident. 

Or, pouvons-nous réellement prendre ce risque ? L’usage de l’arme nucléaire au Japon nous a montré le désastre humanitaire immédiat qu’il peut engendrer, et avec le recul nous nous apercevons des conséquences écologiques post-bombardement. 

L’arme nucléaire face aux nouveaux conflits : l’effondrement de la dissuasion nucléaire ? 

Le début des années 2000 marque une mutation des conflits. Les attentats du 11 septembre 2001 démontrent que la guerre ne s’exerce plus entre plusieurs états clairement définis, mais face à des groupes trans-étatiques tels qu’Al-Qaïda, ou plus récemment Daesh. À la suite des attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015, de Paris le 13 novembre 2015, et de Nice en juillet 2016, la France a déclaré être en guerre contre l’Etat Islamique. Or, comment appliquer la dissuasion nucléaire face à un état non établi sur un territoire déterminé et sans dirigeants clairement identifiés ? 

De plus, il est important de noter la détermination des ressortissants des mouvements terroristes, qui deviennent de réelles armes humaines.  Au service d’une idéologie, les « soldats de Daesh » sont prêts à tout pour la servir et n’ont aucunement peur de la mort, ce qui fait d’eux des bombes humaines difficiles à désamorcer. 

De plus, à l’heure où le numérique joue une place proéminente dans nos sociétés,  les cyber-guerres représentent le futur des conflits armés. Dès lors, quelle utilité peut trouver l’arme nucléaire ? Et à quoi sert ce principe de dissuasion ? Par définition, la dissuasion nucléaire s’applique entre puissance possédant ladite arme nucléaire. Or, en cas de cyber-attaque, à qui s’adressent les représailles ? Et surtout, serait-ce réellement utile d’appuyer sur le bouton rouge ? 

Le jeu des alliances diplomatiques ne conduirait-il pas seulement à plonger le monde dans un nuage radioactif conduisant à l’anéantissement de toute forme d’humanité ? Que ce soit pour des raisons éthiques, écologiques ou économiques ne serait-il pas préférable d’abandonner le nucléaire militaire ?

La sortie du nucléaire militaire est-elle envisageable ? 

Sortir du nucléaire peut sembler utopique, et pourtant des mesures ont déjà tenté d’être mises en place. En juillet 2017, alors que Greenpeace préconise depuis quarante ans l’abandon de l’arme nucléaire, l’Organisation des Nations Unies (ONU) adopte un traité allant dans ce sens. Ce traité qui préconise l’arrêt du développement, du stockage et de la possible utilisation des armes nucléaires ne s’applique cependant qu’à ses signataires. Assez logiquement, les puissances nucléaires ne signent pas ce traité et ce dernier est alors majoritairement symbolique. Pour se justifier, les puissances militaires insistent sur la nécessité de se défendre en cas d’attaque nucléaire, et rappellent leur engagement au traité de non-prolifération de 1968 visant à contenir la diffusion de l’arme atomique. Pourtant, quelle utilité y a-t-il à conserver l’arme nucléaire afin de se défendre, si tous les autres détenteurs l’abandonnent ? Dans une réalité parallèle, il ne serait pas impossible de voir les puissances nucléaires lâcher l’arme atomique et abandonner totalement le principe de dissuasion nucléaire. Ecologiquement parlant, une telle décision ne serait que bénéfique puisque l’absence de création de têtes nucléaires conduit à la diminution des déchets radioactifs.

En 2015, François Hollande affirmait que l’arsenal militaire correspondait à 0,17% du produit intérieur brut français, et 11% du budget de la défense. L’abandon de l’arme nucléaire permettrait alors de consacrer une plus grande part du budget de la défense aux armes « conventionnelles ». 

Sortir du nucléaire militaire est possible et pas si difficile à mettre en place à compter du moment où l’ensemble des puissances nucléaires s’engagent à cesser le stockage, la production et la menace d’utilisation de ces armes. Aujourd’hui, la priorité doit être à l’écologie et il est plus que nécessaire de s’inquiéter de la pérennité de l’humanité, plutôt qu’à sa destruction.

par Amandine Hivert

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