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Charlie Hebdo, pour ou contre leur Une ?

Quatre ans après le drame, j’ai souhaité me pencher sur la question de la liberté d’expression et de sa ou ses limites. Quoi de mieux pour prendre appui sur le 1178e numéro du journal satirique et laïque, Charlie Hebdo. J’ai choisi de vous parler de sa « Une » ou première de couverture car elle est à mon sens, celle qui a « révolutionné » le monde de la presse écrite allant jusqu’à l’ampleur mondiale.

Le drame de Janvier 2015

Avant de parler de la couverture, elle-même, revenons un peu plus de 4 ans en arrière, en janvier 2015. À la suite de l’attentat du 7 janvier 2015 dans les locaux du journal, douze personnes ont perdu la vie dont Cabu (dessinateur), Elsa Cayat (chroniqueuse), Charb (dessinateur), Honoré (dessinateur), Bernard Maris (chroniqueur), Tignous (dessinateur), Mustapha Ourrad (correcteur) et Wolinski (dessinateur).

Ainsi, après de nombreuses annonces publiques, le numéro 1178 est publié le mercredi 14 janvier 2015. Avant l’attentat, le journal satirique vendait en « vente-directe » c’est-à-dire auprès de ses 6500 points de vente en France, entre 30000 et 35000 numéros hebdomadaires pour un tirage qui s’élevait à 60000. Seulement, après le drame, Charlie Hebdo a dépassé l’inimaginable. Le journal satirique, fortement critiqué depuis ses débuts, est devenu le journal le plus vendu dans l’histoire de la presse écrite française avec un numéro atteignant les huit millions d’exemplaires. Du jamais vu ! En faisant mes recherches, je me suis rendu compte que des individus vendent leur exemplaire à des prix exorbitants. Encore aujourd’hui, les prix peuvent aller jusqu’à 17 euros, soit plus de 5 fois son prix légal.

Ce jour là, Charlie Hebdo a rebondi du point de vue social et économique, lui qui était en danger financièrement – tout comme de très nombreux journaux ces dernières années – a vu ses revenus grimper de façon exponentielle !

Une première page fidèle à Charlie Hebdo

Pour ce numéro « spécial », une représentation du prophète Mahomet a été mise en valeur mais mal perçue par bon nombre de personnes, dont les croyants. À ce propos, le Pape François a indiqué que la « liberté d’expression est un droit fondamental mais ne doit pas insulter les croyances d’autrui ». Nombreux sont les pays qui ont « mal apprécié » cette Une (comme d’autres) et préférant ainsi la présenter en vignette ou encore, la décrire. Ce fut le cas pour les pays anglo-saxons. Serait-ce dû à une incompréhension de la couverture ? À son message ? Quelle position prendre face à un journal satirique ?

Toute la question relève de l’ambiguïté du rapport que l’on peut trouver entre « la liberté d’expression », « la pression sociale et ses valeurs » ou encore « le rapport à l’éthique ».

Luz et son ambiguïté satirique

Charlie Hebdo - Luz
Luz : «Je ne serai plus Charlie Hebdo mais je serai toujours Charlie»

L’auteur de la BD « Catharsis » et anciennement dessinateur de Charlie Hebdo, a réalisé la Une de ce « numéro vert » ou encore « numéro des survivants » comme on a coutume de l’appeler au sein des Charlie. D’ailleurs, ce sera la dernière fois qu’il réalisera un dessin satirique du prophète Mahomet.

Que peut-on voir sur la couverture ? Un personnage, du texte et un fond uni, vert. Si peu d’éléments ont provoqué la critique d’un bon nombre d’individus.

Outre le titre « Charlie Hebdo » et les informations légales du périodique, nous avons ce fond vert qui détache le personnage mis en avant. Qui est-il ? Je vous l’ai dit tout à l’heure, il s’agit du prophète Mahomet quand bien même son nom n’apparaît nulle part en première page. Cette composition artistique fait référence à la Une du numéro 1011 (publié en 2011) où, le dessinateur Luz, fidèle à lui-même, représente le prophète avec le même fond, le même visage et habits à la différence de la présence de la phrase « 100 coups de fouet, si vous n’êtes pas morts de rire ! ». Par ailleurs, cette dernière a causé un incendie dans les locaux de Charlie Hebdo. Entre l’incendie et l’attentat, Luz a décidé, quelques mois après, de quitter le navire Charlie Hebdo.

Ce qui est intéressant dans cette Une, c’est non seulement la composition visuelle mais également textuelle. Le titre du numéro est « Tout est pardonné ». Entre ses mains, le personnage – au visage provocateur par sa forme – tient dans ses mains la pancarte « Je suis Charlie ». Une phrase reprise par de nombreuses citoyens français mais pas que ; afin de rendre hommage non seulement aux personnes décédées mais aussi à l’identité du journal satirique et laïque, Charlie Hebdo.

À présent, c’est une histoire de liberté

La France et le milieu du journalisme traversent un moment douloureux. On s’interroge sur la responsabilité et les limites de la liberté de la presse. Jusqu’où peut-on aller ? Jusqu’où les propos du journal Charlie Hebdo peuvent aller ? Cela concerne toute l’histoire de ce journal. À ses débuts, rien ne fût si simple et c’est le cas encore aujourd’hui.

Après avoir terminé ce numéro 1178, l’équipe de rédaction rend hommage au dessinateur Charb. Il avait pour habitude de crier « Allahou Akbar ». Signe de plaisance que le journal Le Monde a traduit comme étant un « Eureka » !

À titre informatif, la liberté de la presse est le résultat de deux entités : la liberté d’opinion et la liberté d’expression. Ainsi, au sein de la Déclaration française des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, nous avons l’article 11 : « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». Mais également au sein de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme où l’article 19 évoque la protection de la liberté de la presse.

Quelques chiffres à retenir ! La France est loin d’être le pays le plus libre comparé à ce que l’on pourrait croire. D’après le classement de 2019 des Reporters sans frontières, la France obtient la 32 ème place sur 180 pays classés. Elle a « gagné » une place entre 2018 et 2019. Les trois premiers pays où la liberté de la presse est la plus respecté sont la Norvège, la Finlande et la Suède. Les trois derniers sont l’Erythrée, la Corée du Nord et le Turkménistan.

« Crever, c’est déjà assez chiant comme ça pour pas qu’en plus on ait la trouille. » — CABU

À bon entendeur, en tant que « citoyen de la démocratie » on accepte toute liberté de la presse. Et ce, quelqu’en soit les domaines ou sujets traités. Je ne suis pas en adéquation avec l’intégralité des unes de Charlie Hebdo, je suis même « choqué » par certaines. Actuellement, Charlie Hebdo inonde ces premières pages d’illustrations liées au Covid-19. À mon goût, c’est un sujet trop sensible. Néanmoins, je respecte car n’oublions pas qu’il s’agit d’un journal satirique et laïque ! On peut, et je dirais même, on doit critiquer Charlie Hebdo car c’est notre liberté ! Et je pense aussi que ce sont les réactions qu’ils attendent. Je respecte leur travail et leur courage.

Exemple de Une Charlie Hebdo pendant la période de confinement

À titre d’exemple, lorsque vous êtes devant un kiosque à journaux, la majorité des unes se répondent. Hors, Charlie Hebdo aborde des angles moins évidents. Nous avons, à ce jour, besoin d’un périodique, d’une rédaction qui vont à l’encontre d’un certain conformisme. Ici, dans cet article, j’ai souhaité me concentrer sur LA une qui a fait la renom de Charlie Hebdo. Cependant, n’oublions pas qu’il faut lire son contenu avant de se faire une opinion. En littérature, une belle couverture (provocatrice ou non) ne révèle pas forcément une « bonne histoire ».

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