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Aquarius, Ocean-Viking, Open Arms… la valse humanitaire

Depuis 2016, l’association SOS Méditerranée sillonne l’axe migratoire le plus mortel du monde pour venir en aide aux personnes tentant de rejoindre l’Europe sur des embarcations de fortune. Aujourd’hui, l’Aquarius n’est plus, mais l’association poursuit sa mission avec l’Ocean-Viking, rejoint par l’Open Arms, un navire appartenant à l’ONG espagnole Proactiva Open Arms.

23 août 2019, un accord entre six pays européens est signé pour accueillir les 356 migrants secourus, à proximité des côtes Libyenne, par l’Ocean Viking le 12 août. 11 jours se sont écoulés depuis le sauvetage.

21 août 2019, les 147 migrants secourus par l’Open Arms le 3 août, sont autorisés à débarquer dans le port de Lampedusa. Cette autorisation intervient alors que la situation à bord se tend d’heure en heure, et après qu’une quinzaine de migrants soient passés par-dessus bord pour tenter de rejoindre Lampedusa à la nage. 19 jours se sont écoulés depuis le sauvetage.

Ces récits ne sont pas des cas isolés. Depuis leur création, les ONG se livrent dans une bataille politique à chaque sauvetage. Manque de politique européenne coordonnée, protectionnisme, fermeture des frontières : ce sont autant d’obstacles auxquels se heurtent SOS Méditerranée et son homologue Pro activa Open Arms. Pourtant, leurs actions sont plus que nécessaires.

Dans son rapport d’activité de 2018, SOS Méditerranée recense 36 opérations de sauvetages entre janvier et septembre, soit 3184 personnes secourues. Parmi elles, 22% de mineurs et 18% de femmes. En tout, 35 nationalités différentes. Une fois l’opération de sauvetage achevée, l’histoire et les questions sont toujours un peu les mêmes : où débarquer et quand ?

147 migrants, 19 jours d’attente, 1 enquête pour séquestration : le combat de l’Open Arms est révélateur de la difficulté pour les ONG à mener à bien leurs missions de sauvetage.

14 août 2019, le navire entre dans les eaux territoriales italiennes, quelques heures après qu’Elisabetta Trenta, ministre de la Défense, ait abrogée le décret pris par Matteo Salvini le 5 visant à interdire la présence de l’Open Arms dans ces mêmes eaux. Malgré cette première victoire, le ministre de l’intérieur est formel : les passagers de l’Open Arms ne débarqueront pas. A bord, à quelques mètres du port de Lampedusa, la situation se tend. L’incompréhension et l’impatience règnent, si bien que certains migrants décident de passer par-dessus bord pour (enfin) rejoindre le continent.

©Harry_Kazan
©Harry_Kazan

Le 15 août, contre l’avis de Matteo Salvini, cinq personnes et leurs accompagnateurs sont autorisés à débarquer pour des raisons psychologiques. Deux jours plus tard, c’est au tour de 27 mineurs de rejoindre le port. Cette même journée et alors que Matteo Salvini continue à bloquer le débarquement des 107 rescapés restant, une enquête pour séquestration est ouverte à son encontre. Cette dernière intervient quelques jours après la convocation du parlement, par le ministre de l’Intérieur, pour l’organisation de nouvelles élections. Le 18 août, le gouvernement espagnol ouvre les portes du port d’Algésiras au navire, une offre que l’ONG, la situation à bord étant jugée trop problématique. Dans un même temps, la France s’engage à accueillir 40 personnes.

Le 21 août sonne l’heure de la délivrance. Luigi Pattronaggio, procureur sicilien, ordonne le débarquement des 80 migrants restant à bord, au port de Lampedusa. Dans les jours qui suivent, tous seront conduits vers leur pays d’accueil.

Désormais vide de passagers, l’Open Arms quant à lui, n’a plus de port d’attache et est pour le moment mis sous séquestre dans le cadre de l’enquête italienne.

Aquarius, Open Arms, Ocean Vikings, combien d’autres navires humanitaires vont-ils voir leurs missions mises en périles pour des querelles politiques ? Quand est-ce que l’Europe se dotera d’une véritable politique migratoire coordonnée ? A combien de jour sera fixé le prochain record d’attente à bord ? Combien de temps encore les ONG supporteront-elles ces conditions ?

Alors que la crise autour de l’Open Arms se termine, SOS Méditerranée devrait à son tour occuper l’espace médiatique dans les jours à venir, l’avenir de ses 356 passagers étant encore incertain, ce 24 août.

par Amandine Hivert

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