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A l’aube d’une nouvelle ère ?

Février 2020. Pandémie Covid-19. Depuis la mise en place du confinement en France et chez nos voisins européens, les activités humaines sont à l’arrêt. Plus personne dans les rues, plus de voitures sur les routes, plus de bateaux dans les ports, plus d’avions dans les aéroports… En somme, l’Europe et le monde sont en stand-by. Des images maintes fois relayées sur les réseaux sociaux ont suscité la surprise de la part des internautes. En effet, les eaux limpides de Venise en Italie, semblant vierges de toute pollution que ce soit, le ciel exhibant fièrement ses étoiles à la nuit tombée et sans parasites visuels, et les animaux s’offrant des escapades en milieu urbain, à l’image de ce chevreuil dans les rues d’Angoulême à la fin avril. En somme, la nature semble reprendre ses droits. La baisse drastique du taux de dioxyde de carbone dans l’air en Europe nous montre que dans l’équation Homme/Environnement, l’activité humaine représente la cause majeure du dérèglement climatique… et pourquoi pas, à l’avenir, la solution ? En effet, dans l’Histoire, l’Homme a été capable du meilleur comme du pire, vous n’apprenez rien de nouveau jusqu’ici. Toutefois, dans une pandémie qui s’annonce comme marquant un tournant dans l’histoire, le défi qui se présente devant nous à la sortie de crise du coronavirus est herculéen : Le plus grand défi de l’Histoire de l’Humanité.

Le développement qui va suivre s’appuie sur l’ouvrage d’Aurélien Barrau, astrophysicien français, publié en mai 2019. Il s’intitule Le plus grand défi de l’Histoire de l’Humanité, et porte donc le même nom que la tribune dont il est à l’initiative avec Juliette Binoche, publiée en septembre 2018 dans le journal Le Monde, appelant le gouvernement à une action « ferme et immédiate » contre le réchauffement climatique.

Le constat

La biodiversité

En premier lieu et en ce qui concerne la biodiversité, c’est-à-dire la diversité des espèces vivantes et de leurs caractères génétiques selon l’Encyclopédie Larousse, nous sommes à l’aube de la sixième extinction massive dans l’histoire de notre planète Terre. Dans extinction massive, il faut comprendre la disparition d’au moins 75% des espèces animales et végétales, terrestres et maritimes. Pour illustrer ce propos, quelques données scientifiques sont de rigueur. Par exemple, depuis le début du XXème siècle, la disparition des espèces a été multipliée par 100. Au cours des 20 dernières années, le nombre d’insectes a diminué de 80% en Allemagne. De même que le nombre de lions sur Terre a été divisé de moitié en 30 ans. Ou bien encore que depuis 1970, les espèces vertébrés ont disparu à hauteur de 60%. De plus, le nombre d’animaux terrestres tués sur une année est d’environ 100 milliards. Il est donc assez légitime de considérer les chiffres cités ci-dessus pour conclure à une véritable hécatombe en ce qui concerne la biodiversité terrestre. Mais alors qu’en est-il de la biodiversité maritime ?

La surpêche est un fléau qui est la cause principale du génocide des espèces maritimes. D’un point de vue environnemental, ne serait-ce que la circulation des bateaux est à elle seule déjà fortement néfaste. En 2016, on comptabilise 40 millions d’heures de pêche industrielle cumulées, avec des navires consommant 19 milliards de kWh en tout, ce qui aurait pu permettre de parcourir 360 millions de km, l’équivalent de 35 000 fois le diamètre de la Terre… Pour en revenir à la biodiversité maritime, les requins, pour ne citer qu’eux, ont disparu à hauteur de 80%, malgré le fait qu’ils existent depuis 400 millions d’années, et constituent aujourd’hui une espèce menacée. L’hécatombe chez l’une des espèces maritimes les plus emblématiques trouve une explication, entre autres, dans le shark finning, pratique qui consiste à pêcher puis couper les ailerons et nageoires caudales des requins, avant de les remettre en mer, où évidemment leurs minutes sont désormais comptées.

Pour citer un dernier chiffre édifiant en ce qui concerne les dégâts de l’Homme sur la biodiversité, les humains représentent 0,01% des créatures vivantes, mais ont causés 83% des pertes animales depuis les débuts de la civilisation.

L’environnement

En second lieu, et pour dresser un constat rigoureux, il faut s’intéresser aux effets néfastes des activités humaines sur l’environnement. Chaque année, la surface des villes s’étend de 400km2. Autrement dit, c’est comme si la superficie de Paris (105km2) était multipliée par 4 chaque année dans le monde. A l’inverse, la surface des forêts diminue de plus de 80 000km2 chaque année. Conclusion : à mesure que la surface des villes augmente, la surface des forêts diminue. Le béton, imperméable et gagnant chaque année plus de territoire, est un facteur aggravant des cas d’inondations, donc de catastrophes naturelles, qu’a connu et connaîtra encore le Sud de la France. Outre mesure, les inondations sont symptomatiques du réchauffement climatique en cours. Ce réchauffement climatique entraînant des réactions en chaînes, la montée du niveau des eaux dû à la fonte des glaces, entraînant ensuite la disparition des îles et côtes trop exposées à l’érosion. Aux antipodes des catastrophes liées aux précipitations et à la montée des eaux, il y a les périodes de très grandes chaleurs.

Comment ne pas oublier le calvaire vécu pendant la canicule de l’été 2019 ? Difficile de se rafraîchir sous un cagnard atteignant les 42,6° au cœur de Paris. Et c’est loin d’être terminé, dans un futur proche les 3/4 de l’Humanité seront soumis à des canicules potentiellement mortelles1 de plus de 20 jours. De plus, les sécheresses provoquées par la canicule sont une cause majeure des incendies de forêts dévastateurs qui ont eu lieu en Amazonie au Brésil, et en Australie, pour ne citer que les plus graves. L’augmentation des températures entraîne certes, fontes des glaces et montées des eaux, mais aussi dégel du permafrost2. Ce dégel entraîne la libération de méthane, de gaz à effet de serre, de bactéries et de virus jusqu’ici retenues prisonniers de la glace. La libération de maladies est illustrée par la contamination en juillet 2016 dans la péninsule de Yamal en Russie, de 23 personnes et de la mort d’un enfant causée par l’anthrax. L’anthrax aussi appelée maladie du charbon, pourtant disparue de la région depuis 75 ans. Cette contamination a été causée très sûrement par le dégel d’un cadavre de renne infecté par la maladie, selon les scientifiques3.

Par ailleurs, le changement climatique a des effets non-seulement sur l’environnement et la biodiversité, mais aussi sur nous-mêmes, membres de l’espèce humaine. En octobre 2019, on recensait déjà plus de 7 millions4 de réfugiés climatiques5 depuis le début de l’année. De plus, on estime entre 200 et 500 millions le nombre de réfugiés climatiques dans une trentaine d’année. Les mesures politiques et institutions européennes ayant plus que montré leurs limites pendant la crise migratoire des années 2010, la question a de quoi susciter l’inquiétude au sujet d’une crise de plus grande ampleur.

Dans un contexte si alarmant mais toutefois propice au changement, quelles seraient les solutions ou pistes à poursuivre afin d’envisager un avenir vivable pour nous et nos futures générations ?

Vers une évolution profonde ?

Des pistes de solutions à l’échelle individuelle

Face à des chiffres pourtant si alarmants et face à l’ignorance doublée d’inaction, ou du moins d’action inefficace des gouvernements en vigueur pourtant maintes fois rappelés à l’ordre par pléthore de scientifiques, l’avenir s’assombrit. Ainsi, dans un monde idéal, quelles seraient les mesures à prendre pour amoindrir le choc contre le mur des conséquences causées par notre égoïsme effronté ?

Tour d’abord, il n’est secret pour personne que nous vivons dans une société de consommation. Des immeubles toujours plus grands, des voitures plus rapides, produire et vendre jusqu’à n’en plus finir et surtout et jusqu’à ce que la mort nous sépare. En effet, parce qu’être fiancé au capitalisme n’est pas toujours rose et qu’il détruit autant, si ce n’est davantage, qu’il produit. La sacro-sainte croissance, prônée et choyée par les gouvernements depuis tant d’années maintenant, est vue comme la convergence œcuménique des membres des pays développés. La surconsommation de notre part est donc le premier des problèmes sur lequel il faut agir. La baisse de la consommation cacherait-elle dans son sillage la baisse de notre confort ? Que nenni, puisque la surconsommation est de rigueur, la diminuer reviendrait simplement à répondre à nos besoins sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. En ce qui concerne l’alimentation, tendre vers le végétarisme, ou du moins baisser sa consommation de viande, contribuerait à baisser le taux de mortalité de 6 à 10% en amoindrissant la probabilité de contracter maladies cardiovasculaires, diabète et cancers en tous genres. L’effort se doit d’être aussi concentré contre le gaspillage alimentaire qui représente 3,5 millions de tonnes de nourriture par jour. Quand on sait que la famine tue 25 000 personnes par jour, le gaspillage alimentaire en devient obscène. Il est aussi nécessaire de garder en tête que, tant sur le plan humain qu’économique, l’inaction face aux catastrophes à venir nous coûterait bien plus que d’agir dès maintenant en emboitant le pas de la révolution écologique.

Une révolution écologique de rigueur

Il est habituel d’entendre dans les médias l’expression « transition écologique » dès lors qu’il est question de réchauffement climatique et de tout ce qui s’y rapporte. Hélas, il est fort possible qu’une simple transition, même immédiate, ne suffise pas. En effet, les dégâts causés depuis maintenant des dizaines d’années s’annoncent irréversibles. Si du jour au lendemain, on arrêtait de produire la moindre émission de dioxyde de carbone, il faudrait 30 ans aux océans pour venir à bout des effets néfastes engendrés. Et malgré l’arrêt total d’émissions de dioxyde de carbone, les températures continueraient d’augmenter pendant 20 ans. C’est pourquoi une véritable révolution s’impose dans le mode de vie que nous avons et dans les mœurs que nous entretenons. Bien sûr, dans la bagarre qui s’impose, il faut commencer par s’attaquer aux adversaires les plus costauds ; le capitalisme exacerbé bien sûr, mais aussi le néolibéralisme et les colossaux problèmes de répartitions des ressources à travers le globe. Le leitmotiv est de s’opposer et lutter contre les lobbies et pouvoirs financiers, qui ont un pouvoir exponentiel à celui des Etats, quoi qu’on en dise. La révolution se doit d’avoir lieu sur un infléchissement œcuménique mondial, et non pas national ou à moindre échelle.

Le résultat

Le constat dressé et les solutions envisagées posées sur la table, l’avenir nous appartient. En ce « nous », j’inclus davantage les jeunes générations que les autres, pour qui le défi, s’il n’est pas relevé, aura des conséquences bien plus dramatiques. Certes il s’agit là d’une réelle révolution dans l’histoire de l’Humanité, mais elle semble néanmoins devenir de plus en plus vitale et nécessaire. Aussi, Rome ne s’est pas faite en un jour, et le changement du monde tel que nous le connaissons va prendre du temps, il en va de la responsabilité de chacun à l’échelle individuelle. Je conclurai mon propos par une légende amérindienne, racontée par Pierre Rabhi7 :

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. » »

Pierre Rabhi, fondateur de Colibris, faire sa part

1 « Mortel » vous semble peut-être un terme un peu fort, mais pourtant scientifiquement justifiable : si la tendance du réchauffement climatique est maintenue, d’ici un siècle la température moyenne augmenterait de 6°. Les températures maximales augmenteraient aussi. Or, à plus de 50° le corps humain n’est pas en mesure de fonctionner. Le cœur augmente drastiquement ses battements pour prioriser l’irrigation vers les capillaires sanguins et les organes vitaux. Le cerveau est moins irrigué, ce qui peut entraîner des pertes de connaissance, ou bien pire encore.

2 Sol minéral brut des régions arctiques à l’horizon gelé en permanence à une certaine profondeur et formé de débris de roches dures plus ou moins broyées par l’érosion glaciaire, en mélange avec de la glace. – Encyclopédie Larousse.

3 https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/russie-dans-le-permafrost-virus-et-bacteries-attendent-le-degel_3436

4 https://www.infomigrants.net/fr/post/19661/refugies-climatiques-plus-de-7-millions-de-personnes-poussees-a-l-exode-depuis-debut-2019

5 désigne les personnes contraintes de quitter la région ou pays qu’elles habitent en raison de la dégradation de leur environnement ou de catastrophes naturelles liées au dérèglement climatique.

6 définition même de développement durable.

7 agriculteur, penseur, écrivain et essayiste français d’origine algérienne. Il est le fondateur du Mouvement Colibri qui prône un mode de vie plus respectueux des Hommes et de la terre.


Écrit par Adrien Tarif

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