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La fin des glaces éternelles

Depuis toujours ces étendues immaculées sont l’aire de jeu des explorateurs, poussés par l’envie de découvrir de nouvelles contrées. Mais l’espèce humaine, avide de connaissances, a commencé ces dernières années à étudier ces zones. Et notamment leur évolution depuis les années 1930. Force est de constater que leur surface diminue de manière exponentielle.

Le problème qui se pose est appelé dans le langage scientifique une « boucle de rétroaction » : c’est-à-dire qu’un évènement B causé par un autre évènement A peut encourager ce dernier. Par exemple si vous faites du sport régulièrement, votre corps va se muscler et gagner en tonicité, l’effort sera alors plus facile à effectuer pour vous et vous allez pouvoir faire plus de sport. C’est une boucle de rétroaction positive : le fait de se muscler correspond à l’évènement B et le fait de faire du sport à l’événement A. Dans le cadre de la fonte des glaces, la boucle de rétroaction n’est malheureusement pas aussi positive. En effet, une surface blanche réfléchit la lumière du soleil et n’absorbe pas la chaleur alors qu’une surface sombre absorbe la chaleur. Vous pouvez le constater en portant des vêtements noirs ou blancs en plein soleil par exemple. Or la fonte des glaces est provoquée par une élévation de la température moyenne de notre planète que l’accord de Paris a pour objectif de maintenir sous les 2°C pour la fin du siècle. Mais si les glaces fondent, le sol passe du blanc au plus foncé, il retient donc plus la chaleur ce qui accélère la fonte des glaces. Si vous avez bien compris le principe de boucle de rétroaction vous identifierez sans mal les évènements A et B, et vous rendrez peut-être compte du caractère exponentiel de la fonte des glaces.

Mais quel impact pourrait avoir la fonte des glaces ?

Au niveau écologique et sanitaire, les enjeux sont multiples. Tout d’abord, comme nous venons de le voir, la température moyenne de notre planète risque d’augmenter. Ensuite, les glaces reposant sur de la terre, comme en Antarctique ou au Groenland, rejoindront les océans. Ce qui va augmenter le niveau global des océans, dans le scénario des 2°C de l’accord de Paris, l’académie américaine des sciences prévoit une augmentation de 26 cm d’ici la fin du siècle.

Un autre problème qui risque de se poser est que certaines de ces glaces, vieilles de plusieurs milliers d’années, renferment une énorme quantité de CO2 : un gaz à effet de serre, qui pourrait accélérer encore plus le réchauffement climatique.

Mais ce n’est pas la seule menace que ces glaces renferment : 793 millions de kilogrammes de mercure1, un métal très toxique pour l’homme quelle que soit sa dose, seraient gelés dans le permafrost de l’hémisphère nord. S’ils venaient à être libérés ils risqueraient de rejoindre notre chaîne alimentaire. La principale voie de contamination par le mercure est la consommation d’aliments, notamment de poissons et de fruits de mer2

Une contamination par le mercure peut causer des troubles neurologiques, cardiovasculaires, immunitaires et reproductifs, elle peut également affecter le développement cérébral des enfants, avant comme après leur naissance.

Les risques sanitaires engendrés par la fonte du permafrost ne se limitent pas au mercure que ces étendues gelées contiennent.

Connaissez-vous la maladie du charbon ?

C’est une maladie qui touche principalement les herbivores, mais qui peut être transmise à l’être humain en cas d’ingestion ou de contact avec une plaie.

Durant l’été 2016, plusieurs cas de contamination auraient été observés en Sibérie, dont un enfant de 12 ans décédé. Les souches auraient été conservées dans des cadavres de rennes gelés pendant plus de 70 ans et auraient refait surface suite à un épisode de chaleur anormal. Ce n’est pas le seul cas de micro-organismes ayant traversé les âges congelés dans les glaces du permafrost : des chercheurs français de l’institut de microbiologie de la Méditerranée ont réussi à réactiver deux virus géants, inoffensifs pour l’homme, piégés plus de 30 000 ans dans les étendues gelées.

Si ces deux virus ont pu être réactivés après 30 000 ans, il me semble légitime de s’inquiéter du fait que d’autres virus, plus dangereux et auxquels la médecine moderne n’a jamais été confrontée, puissent réapparaître sous l’effet d’un épisode de chaleur dû au réchauffement climatique.

La fonte des glaces du permafrost est un phénomène inquiétant, qui semble incontrôlable et dont les multiples conséquences pourraient impacter nos vies d’ici la fin du siècle. Certaines sont prévisibles, d’autres non, il est même possible que certaines ne soient même pas encore envisagées. Et ce problème n’est qu’une des nombreuses conséquences du réchauffement climatique.


Écrit par Arnaud LE GAC

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