Le passage – Partie 3

Le passage – Partie 3

8 mai 2018 0 Par Valentin Delbreil

Le jeune homme arriva face à cet arbre d’une ampleur incroyable. Son tronc d’un diamètre énorme et ses branches de la grosseur d’un homme étaient tout à fait étranges… Quant à la silhouette, elle avait disparu après m’avoir amenée jusqu’ici. Des ondes étranges tournaient autour de lui. La vert-luisance de cet arbre était resplendissante. L’homme s’approchait de plus en plus, posa ses mains délicatement sur son écorce. Il touchait du bas vers le haut cette écorce si douce, la parcourait, comme une caresse… Une trappe s’entrouvrit à l’intérieur de l’arbre. Il la poussa lentement. Derrière lui, un élément non reconnu par le jeune, le poussa de toutes ses forces dans l’arbre. L’homme fit une chute de plusieurs mètres à l’intérieur de l’arbre ; à l’intérieur de l’arbre !!! Puis, au bout d’un moment, il s’écrasa au sol sur un tas de feuilles, ce qui amortit sa chute. La silhouette n’était pas là. Il était tout seul, perdu, sans aide. Il marcha en suivant ce chemin entouré d’écorces, personne pour l’aider, personne pour lui dire où il était. Hormis ces quelques rats traînant sur le bas côté, qui plus est, n’étaient pas très bavards.

            L’homme trottinait, courait de plus en plus vite. Il entendait des voix. Il passa devant une nouvelle porte entre-ouverte. Il se mit sur le côté et jeta un œil . « Oh mon Dieu ! », se dit-il. Il n’en croyait pas ses yeux. Il y avait une énorme foule de créatures super bizarres… Des fantômes !!! De multiples fantômes de toutes tailles et de toutes formes s‘étaient réunis dans cette gigantesque salle entourée d’écorces.

– Non !… Il faut que je me réveille ! Ce n’est pas possible !

           Il se donna des claques pour se réveiller jusqu’à ce qu’on l’entende. Deux gros fantômes arrivaient en sa direction. L’homme avait peur. Il n’eut même pas le temps de se retourner que derrière lui, se trouvait une dizaine de petits fantômes. Ils n’étaient pas bien méchants à première vue, puisqu’ils riaient à son sujet.

– Pourquoi il est beige comme ça ? Il est malade ? dit l’un des petits.

– Mais non banane ! C’est l’être humain que l’on attendait, répondit spontanément un autre.

               L’homme ne comprenait pas un mot de ce qu’ils disaient mais… Ses yeux lui sortaient de la tête tant la situation lui paraissait improbable… Les fantômes parlaient sa langue ! Il les comprenait !

– Mais… Mais…Je… Je…Vous… Vous ?… Non !…

– Ah ! Et en plus il bégaie ! On est mal barré les gars !

– Et oh ! Moi je ne suis pas un gars. Non mais ! répliqua une petite.

             Les fantômes se rapprochaient de lui, de plus en plus. Il avançait sous la pression de ce curieux cortège. Il poussa la porte et entra dans la salle. Une haie d’honneur formée d’ombres blanches et transparentes l’attendait. Il ne pouvait le voir mais son visage était devenu comme eux, presque transparent. Tous baissèrent la tête pour laisser place au chef.

          Une véritable surprise ! Le chef n’était autre que le chasseur qui l’avait retrouvé. Était-ce une coïncidence ? Un rêve ? Était-il tout simplement sous l’effet de l’alcool ?

            Ce dernier, se leva de son trône tel un roi. Il s’approcha de l’inconnu avec une démarche digne de ses fonctions. La tête haute pour se distinguer des autres ; il restait néanmoins le plus petit de tous. Plus il se rapprochait du jeune homme à l’identité inconnue, plus il paraissait petit. Au fur et à mesure qu’il s’approchait, ses compagnons fantômes s’accroupissaient.

         Le jeune ne parlait pas. Respirait à peine : bouche-bée devant  cette situation, ses apparitions. Il  pâlit encore. Un vrai cachet d’aspirine. Le Chef des fantômes engagea la conversation.

– Bonjour Monsieur Eymeric. Enfin vous voilà parmi nous ! Il était temps d’ailleurs, nous commencions à nous faire du souci. Quand je pense à tout ce chemin parcouru et toute l’histoire que j’ai inventée… Ah ! Ah ! Ah !

– Je rêve, c’est pas possible c’est pas vous !

– Et si ! C’est bien moi !

– Oh la la ! Et comment vous m’avez appelé ?

– Monsieur Eymeric.

– Mais vous le savez depuis quand ? Pourquoi vous ne me l’avez pas dit avant !!!

      C’est effrayé et énervé que le jeune se rendit compte que son histoire était de plus en plus improbable. « Je suis dans quel monde », se dit-il plusieurs fois. Il avait enfin retrouvé qui il était véritablement mais n’y croyait pas. Était-il devenu sourd ? Non. Il avait enfin trouvé son identité. Il avait les larmes aux yeux oubliant ainsi toute sa colère. Il ne savait pas quoi dire, pas quoi répondre. Le Chef lui avait répété encore et encore des centaines de fois, pour qu’il s’en souvienne, pour qu’il se rappelle des souvenirs passés.