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2020, année du progressif.

  • Musique

2020 a été pour beaucoup une année difficile. Épidémies, confinements et manque de relations sociales ont rythmé la vie des populations. La fermeture des salles de spectacle et l’annulation de toutes les manifestations culturelles a eu un impact considérable sur le monde du spectacle et de la culture. Mais le confinement a aussi généré une activité musicale florissante, et de nombreux artistes ont profité de cette isolation pour enregistrer de nouveaux morceaux. L’occasion de vous présenter ma sélection (très subjective) des meilleurs albums de progressif (métal ou rock confondus) de 2020.

Blackfield – For The Music

Le duo Blackfield est de retour ! Après 3 ans d’attente, le 6ème album est enfin dans les bacs. Entre envolées mélancoliques et prédominances alternatives, Steven Wilson et Avi Geffen nous dévoilent l’avenir musical du groupe. La première chanson de l’album, For The Music, constitue un véritable indicateur du glissement stylistique du duo. Les racines progressives des deux génies, bien que toujours présentes, s’éloignent peu à peu. Nous entrons ici dans une nouvelle ère de la carrière de Blackfield, ère majestueusement symbolisée par Under My Skin. Ce morceau, mêlant une introduction digne d’une chanson de Noël avec des paroles axées sur les rêveries et sur la peur, est une vraie claque. La recherche musicale est certes moins distincte que sur d’autres albums de leur carrière , mais on ne peut le leur reprocher.

Il est sûr que l’écriture, la réalisation et la production d’un album en temps de confinement est complexe. D’autant plus, Wilson travaille en parallèle sur son prochain album solo, The Future Bites, qui sortira en janvier 2021. Pour revenir à l’album de Blackfield, le solo du morceau Falling est très important pour comprendre la nouvelle tendance artistique du duo. En effet, si vous écoutez l’album entier d’une seule traite, c’est le premier solo qui vous sautera aux oreilles. Falling est pourtant le 7ème titre de For The Music. Cette absence de guitare au premier plan et de recherche guitaristique nous laissent penser que cet album est principalement basé sur les paroles ainsi que sur les mélodies. La tristesse et la mélancolie, thèmes récurrents dans les œuvres de Geffen et Wilson, sont ici omniprésents, à travers des titres évocateurs: Falling, Garden of Sin, Summer’s Gone, It’s So Hard.

Un album qui divise.

Bien que mélancolique, cet album constitue un tournant dans l’univers de Blackfield. Il peut être considéré comme une bonne introduction pour les curieux à la recherche de nouveautés. Mais les réactions au sein de la communauté progressive sont mitigées. Les fans inconditionnels de Steven Wilson suivent le projet les yeux fermés, mais les férus de progressif sont quant à eux plus dubitatifs. Quoi qu’il en soit, cet album est surprenant et agréable à écouter. N’hésitez pas à l’inclure dans vos playlists découvertes !

Lunatic Soul – Through Shaded Woods

Un des véritables coups de cœur de l’année! Through Shaded Woods, 7ème album du groupe polonais Lunatic Soul, est en réalité un projet solo du compositeur Mariusz Duda. Associant sonorités nordiques et chants mystiques, cet album est un véritable retour aux sources pour le musicien. Ces sonorité acoustiques et Scandinaves sont étonnantes de la part du groupe. En effet, les albums précédents penchaient de plus en plus vers une prédominance de la musique électronique. Mais l’épidémie de coronavirus a permis au polonais de redécouvrir son jeu et ses capacités musicales. Il explique sur son site internet que cet album est un retour aux origines, tant au niveau de la musique qu’au niveau visuel. Effectivement, la pochette de l’album est inspirée des forêts dans lesquelles Duda se promenait étant petit. Cet album est enfin un album plus positif, malgré un chant terriblement sombre.

Les sonorités moyenâgeuse de l’œuvre lui donnent une dimension progressive plus importante que sur les albums précédents, et on peut ainsi distinguer un parallèle évident avec d’autres groupes classiques comme Jethro Tull. Les inspirations scandinaves donnent un caractère mystique aux compositions, notamment sur Navvie, qui est à mes yeux le morceau central de l’album. Le rythme entraînant et la sensation d’espace dégagé par les titres de l’album auraient pu constituer une partie de la bande originale de Vikings.

Le début d’un renouveau ?

Mariusz Duda jette ici un véritable pavé dans la mare. Espérons que de nombreux albums de ce style suivront, et que les concerts reprendront à la fin de cette difficile période. Le projet Lunatic Soul a encore beaucoup de facettes à nous dévoiler !

The Pineapple Thief – Versions of The Truth

Décidément, les albums publiés chez Kscope ont beaucoup de succès cette année ! Deux ans après Dissolution, le quatuor The Pineapple Thief est de retour. Ce dernier album présente un retour à la mélancolie, composé de paroles d’une tristesse accablante et des morceaux plus ou moins profonds. Toutefois, on peut constater que le groupe impose toujours sa marque de fabrique. La voix et la présence du chanteur Bruce Soord restent fidèles à elles-mêmes, tout comme la précision du batteur, Gavin Harrison. Mais cette fidélité envers leurs racines n’a pas empêché les musiciens de réaliser de nouvelles expérimentations musicales. Ces dernières peuvent être majoritairement entendues dans le jeu de Harrison, qui a notamment décidé d’y inclure plus de percussions.

Cet album est également plus calme et régulier que les précédents. En effet, il ne comporte pas vraiment de gros tubes accrocheurs. L’introduction du morceau éponyme Versions of the Truth correspond, à mes yeux, à l’exemple parfait d’une de ces expérimentations. Effectivement, cette introduction pourrait faire l’office de musique de film, tant elle renvoie l’auditeur à une sensation d’espace. Quant à la chanson Driving Like Maniacs, elle pourrait faire partie de la BO du film La vie rêvée de Walter Mitty. Mais ces interprétations sont bien-sûr hautement subjectives.

Une bonne entrée en matière

Si vous n’avez jamais écouté The Pineapple Thief, cet album peut être une bonne introduction. Il ne propose pas de sonorités trop complexes, et de ce fait, il est relativement facile d’accès. D’un point de vue très subjectif, cet album est loin d’être le meilleur du groupe. Cependant, son calme et son accessibilité comblent l’auditeur et lui permettent de se relaxer. Une bonne introduction pour les personnes souhaitant découvrir le progressif.

Randy McStine & Marco Minnemann – McStine & Minnemann I

Dans le radar des sorties surprises de 2020, on peut placer McStine & Minnemann I en tête de classement. Pour les grands amateurs de progressif, cet album est un cadeau inestimable. Destiné aux oreilles plus aiguisées et aux férus de complexité, ce chef d’œuvre musical se devait d’être réussi: les deux musiciens à l’origine de ce projet sont exceptionnels. D’un côté Randy McStine, multi-instrumentiste de talent (Lo-Fi Resistance, The Fringe). De l’autre côté, Marco Minnemann (The Aristocrats, Steven Wilson, Joe Satriani, Plini) , que nous avons déjà rencontré dans un article début 2020. Cette association ne pouvait qu’être explosive! Cet album est bien plus énergique et vivifiant que les trois précédents.

Utilisant des techniques de pointe tout en ne se prenant pas toujours au sérieux, le duo réalise ici une véritable explosion typiquement progressive. Les noms des titres sont simples, souvent en un ou deux mots. Ils sont leurs propres maitres quant à l’écriture, l’enregistrement et la diffusion de ce projet. La violence et les mélodies jouées sur l’album sont fidèles à ce qu’un auditeur peut attendre de ces deux génies. L’exploitation technique des instruments et l’énergie dégagée par les morceaux nous incite à rechercher plus profondément les pépites de la carrière de ces deux hommes.

Un deuxième volet début décembre

Afin de couronner le tout, le duo a décidé de sortir un second volet début décembre, de quoi ravir et combler les fans qui attendaient encore plus de nouveauté! Pour les personnes qui prennent un grand plaisir à découvrir de nouveaux horizons musicaux et à enrichir leurs analyses auditives, cet album est pour vous !

David Gilmour – Yes, I Have Ghosts

Pour terminer cet article, rien de tel que de mentionner David Gilmour. Le guitariste des Pink Floyd a sorti pendant le confinement son premier single en 5 ans. Comme beaucoup de personnes ont pu le constater, ce morceau n’est pas un morceau de rock progressif. Mais je me suis permis de le rajouter dans les meilleures sorties de progressif étant donné que David Gilmour est un des pères du genre.

Le morceau, entièrement acoustique, est sorti en guise d’accompagnement pour le nouveau roman de Polly Samson, sa femme. Confinement oblige, le musicien n’a pas pu enregistrer Yes, I Have Ghosts avec ses musiciens. Mais la solution était sous ses yeux. Sa fille la plus jeune, Romany, est dotée d’une voix douce et apaisante, ainsi que d’un don pour la harpe. Le père et la fille enregistrèrent donc ce titre à deux, donnant au roman A Theatre for Dreamers et à Yes, I Have Ghosts une dimension familiale. David Gilmour vieillit, sa voix devient rauque, mais il reste un des plus grands compositeurs de tous les temps.

Ces 5 œuvres sont toutes liées au genre progressif. De nombreux autres albums et singles sont sortis cette année, mais il est impossible de tous les citer. Des artistes comme Plini ou The Ocean ont également marqué le genre cette année, et promettent de revenir sur scène en 2021. Mais quoi qu’il en soit, espérons que l’année suivante sera autant fructueuse en concerts que cette année a été fructueuse en albums et nouveautés. Rock (progressif) on !

M.H.

Visuel de présentation: McStine & Minnemann.

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