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Sapiens : Une brève histoire de l’humanité, de Yuval Noah Harari

Sapiens, une brève histoire de l'humanité, de Yuval Noah Harari

Yuval Noah Harari est historien et professeur d’histoire à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il décrit dans son livre Sapiens : Une brève histoire de l’humanité, les particularités de l’histoire de l’espèce humaine pour mieux comprendre la société d’aujourd’hui. Sa démarche rigoureuse, scientifique, vient déconstruire la culture que nous considérons comme une vérité universelle en parlant de la notion de croyance.

Homo Sapiens, une espèce comme une autre

L’auteur commence son livre en remettant « les » humains à leur place : l’Homo Sapiens n’est qu’une espèce d’humains parmi d’autres. Si on a la chance de connaître cette information, on se méprend cependant bien souvent sur le fait que les espèces humaines ne se sont pas simplement succédées. Plusieurs ont en effet coexisté, comme Homo Neandertalis, Homo Floresiensis et Homo Denisovensis. Homo Sapiens est en fait actuellement la seule espèce restante suite à la disparition des autres, en raison de métissages ou de génocides. Nous descendons ainsi de plusieurs espèces humaines différentes.

Même si son récit ne l’est pas, l’Histoire de l’humanité et de Sapiens est en effet très brève à l’échelle du Monde.

Alors, pourquoi Homo Sapiens est la seule espèce humaine restante ? Comment a-t-elle survécu et comment survit-elle aujourd’hui ?

Croyance commune d’une évolution linéaire d’une espèce humaine

Sapiens : une histoire de révolutions

Pour mieux comprendre pourquoi l’Homo Sapiens est ce qu’elle est aujourd’hui, le livre présente les trois révolutions irréversibles qu’ont subies les espèces humaines. Il s’agit de la révolution cognitive, la révolution agricole, ainsi que la révolution scientifique.

La révolution cognitive (il y a 30 000 ans)

Malgré la coexistence de plusieurs espèces humaines, Homo Sapiens a été la seule à développer une nouvelle compétence : celle d’inventer des histoires. En effet, au lieu de communiquer que sur des choses qui existent, l’espèce a appris à assembler des idées provenant de son imagination. Cela lui a permis non seulement de mentir, mais aussi se projeter dans le futur, et même d’inventer des mythes. Cette révolution est à l’origine des croyances et est le fondement de la Culture.

Nous parlerons plus en détails de cette révolution singulière par la suite.

La révolution agricole (il y a 10 000 ans)

Homo Sapiens est la seule espèce commençant à cultiver des terres. Pour cela, elle a été obligée de se sédentariser, ce qui ne s’avère finalement pas très bénéfique.

L’espèce a commencé à bâtir des fermes, puis des villages et des villes pour mieux s’adonner à son activité agricole. Le problème est qu’elle est devenue vulnérable en cas de mauvaises récoltes, et des problèmes de santé ont émergé du fait de la monoculture. (Rappel : mangez bien cinq fruits et légumes par jour.) De plus, des violences ont éclaté puisque les humains belliqueux tentent de voler des terres… et les règles de société se sont compliquées dans les villes où la population grandissait.

Le seul aspect relativement bénéfique de cette révolution est donc simplement l’unification des humains autour… d’un problème commun.

La révolution scientifique (il y a 500 ans)

Notre chère espèce a ensuite compris l’intérêt de la recherche. Notre Monde est en effet une source infinie de connaissances dont nous ne comprenons en fait qu’une partie infime. La reconnaissance du fait que nous ne savons presque rien a mené notre espèce à mieux observer ce qui nous entoure et à expérimenter.

De là a émergé le mythe du progrès, qui explique que nous pouvons améliorer encore et encore ce que nous possédons déjà, et même aller plus loin.

Pour accélérer la recherche et ainsi le développement des sociétés, le phénomène de mondialisation a fait son apparition. L’espèce entière s’est ainsi rassemblée autour de ce désir commun de progrès.

Les croyances, ciment de l’humanité ?

L’auteur donne dès son introduction une définition des croyances, et donne l’exemple cocasse de l’entreprise Ford. Il explique en effet que tous les objets de notre culture n’existent que grâce au fait que nous adhérons presque unanimement à l’idée de l’existence de cet objet. De ce fait, si personne ne pensait que Ford existe, l’entreprise n’aurait effectivement aucune valeur ou crédibilité.

L’auteur explique brillamment que l’espèce n’a en fait su survivre en si grand nombre que grâce à des fictions communes, qui ont permis d’unifier l’humanité.

L’argent

Le troc a fait ses preuves mais possède des limites considérables dès lors que la communauté s’agrandit. En effet, dès qu’il y a assez de personnes dans le groupe, il devient possible pour un membre de se spécialiser dans la production d’un seul type de marchandise puisqu’il pourra en vivre, la demande augmentant. Mais ce spécialiste ne pourra faire de troc avec un autre spécialiste que si celui-ci est intéressé par son produit, ce qui n’est pas toujours le cas !

Pour pallier ce problème, l’argent a été inventé. Il permet en effet à un spécialiste d’un produit de vendre ou acheter ce qu’il veut, sans la contrainte de spécialisation de l’autre. Par exemple, Madame A vend de la peinture et doit s’acheter des lunettes. Monsieur B vend des lunettes mais n’a pas besoin de peinture. Seul l’argent permet à Madame A de faire son achat, et permet en même temps à Monsieur B d’acheter autre chose.

De cette façon, l’humanité s’est unifiée en trouvant un moyen intelligent de coopérer dans le commerce, rendant aussi accessible l’échange de savoirs.

L’empire

Pour coordonner une population grandissante, qui est aussi éparpillée sur un territoire étendu, le mythe de l’empire a été créé. Il s’agit pour les différentes communautés d’humains de croire en un ordre politique commun malgré leurs différences culturelles. L’empire cherche plus constamment à s’étendre pour intégrer toujours plus de communautés et identités culturelles différentes.

De cette façon, des groupes plus importants d’humains se soudent autour d’une idéologie politique collective. Cela permet une meilleure organisation et coopération dans un objectif commun, et ainsi une meilleure survie de l’espèce.

La religion

Pour mieux comprendre l’importance de la religion, il faut d’abord définir le terme. Le Larousse indique qu’une religion désigne « toute organisation ou activité pour lesquelles on a un sentiment de respect ou de devoir à accomplir. » Pas besoin d’un ou plusieurs dieux, donc…

Homo Sapiens surpasse les autres espèces en pensant des mythes communs comme le christianisme, le capitalisme ou encore la liberté individuelle. Harari décrit habilement comment ces concepts, qui ne sont pas vérifiables, sont des fictions auxquelles de grands groupes d’humains croient.

Cette partie est particulièrement difficile à cerner, puisque nous-mêmes, lecteurs, croyons dur comme fer à ces mythes. Il est pourtant possible de concevoir, du moins en partie, que si nous cessions de croire en ceux-ci en grand nombre, ils seraient obsolètes.

L’humanité d’aujourd’hui

Limites biologiques et révolution technologique

Aujourd’hui, Homo Sapiens a bâti au travers de ces trois révolutions irréversibles une société immense régie par des mythes communs. Cependant, notre patrimoine génétique et nos besoins physiologiques nous rattrapent : nous sommes toujours, biologiquement parlant, des chasseurs-cueilleurs. Nos instincts et besoins sont tournés vers le nomadisme et la vie en clans.

Malgré toutes nos constructions, nous restons limités par la Nature. Comment contourner ce problème ?

A en croire le mythe du progrès, il est envisageable que nos connaissances nous mènent à transcender notre condition grâce à la technologie. Remplacer nos organes ou charger notre conscience sur un ordinateur pour oublier nos besoins physiologiques, la révolution cognitive nous permet d’imaginer toutes sortes de possibilités.

L’histoire de l’humanité rendue accessible

Sapiens s’est rapidement imposé partout dans le monde, parce qu’il aborde les plus grandes questions de l’histoire moderne dans une langue limpide et précise.

Jared Diamond, géographe, prix Pulitzer 1998, auteur d’Effondrement

La compréhensibilité de cet ouvrage est surprenante. Malgré sa longueur qui peut paraître effrayante quand on sait qu’il ne s’agit pas d’un roman, il se lit facilement. Le choix des mots et la pédagogie de Yuval Harari prouvent qu’il est tout à fait possible de vulgariser toute science.

La connaissance de notre histoire permet à mon sens de mieux comprendre qui nous sommes aujourd’hui. Cela met en lumière le fait que ce qui nous rend si différents des autres espèces n’est qu’une gigantesque construction de mythes auxquels nous croyons avec ferveur. A se demander ce qui se passerait si nous cessions de croire en nos histoires et nos systèmes…

Mon conseil : un livre à garder à son chevet et à feuilleter de temps en temps pour se remettre en question et gagner en humilité !

rédigé par Titaua Chabanne

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