« Pour que je sois la dernière » : autobiographie d’une survivante de Daesh

« Pour que je sois la dernière » : autobiographie d’une survivante de Daesh

9 mai 2020 0 Par Julie Anglade
0
(0)

Alors que le 24 avril 2020, un ancien membre du groupe État Islamique est jugé pour la première fois en Allemagne pour génocide contre la communauté Yézidie, je vous propose de découvrir l’autobiographie d’une de ses représentantes.

J’ai toujours été une amoureuse des livres et par la même occasion des récits de vie. Celui que nous fait découvrir Pour que je sois la dernière est une de ces rares destinées qui vous hante jusqu’à la fin de votre vie une fois que vous en avez pris connaissance.

Quelle histoire pour un tel titre ?

C’est en 2018 que sort l’autobiographie de Nadia Murad. C’est aussi en 2018 qu’elle remporte le prix Nobel de la paix pour son engagement contre l’Etat Islamique en Irak et au Levant (l’EIIL) et son militantisme en faveur de sa communauté, les Yézidis. Elle devient ainsi une des seize femmes à avoir obtenu ce prix prestigieux. Elle est aussi l’une des plus jeunes, juste après Malala Yousafzai.

Jeune irakienne, elle vivait dans son village natal de Kocho lorsque l’EIIL a pris le contrôle de Mossoul, déclaré le califat et annexé de grandes régions en Irak et en Syrie. Elle grandit dans un pays dominé par Saddam Hussein, rongé par les luttes politiques et inter-ethniques. Nadia assiste à l’arrivée puis au départ des Américains qu’elle relate au début de son récit. Elle nous éclaire d’un point de vue rarement exprimé, celui d’une habitante d’Irak. Racontant la venue de ces occidentaux et les conséquences de leurs ingérences sur sa vie d’enfant.

Lorsqu’en 2014, Daesh encercle son village, elle survit au génocide organisé au nom de Dieu perpétré à l’encontre de sa communauté. Elle est par la suite emmenée pour servir d’esclave sexuelle (de sabaya selon le terme employé) aux combatants de l’État Islamique. Alors que les jeunes femmes yézidies sont vendues ou offertes et puis systématiquement violées, les plus âgées et les hommes sont assassinés et entassés dans des fosses communes.

C’est ce récit que nous livre Nadia Murad. De sa capture à son évasion, des marchés aux esclaves de l’EIIL à l’amour familial, et surtout du statut de victime à celui de militante contre l’utilisation du viol comme arme de guerre. Elle relate sa vie sans fioritures, en toute simplicité et c’est ce qui la rend si touchante. Quant on arrive à la fin du récit, après avoir eu peur, avoir pleuré et ris parfois, on a l’impression de connaître cette jeune femme comme une amie. On ne peut tout de même pas s’empêcher de lui vouer une admiration impossible à réprimer.

« Nadia a refusé de se taire. Elle a rejeté toutes les étiquettes que la vie lui a imposées : orpheline, victime de viols, esclave, réfugiée. Et les a remplacées par d’autres : survivante, leader yézidie, défenseure des droits des femmes, écrivain, ambassadeur de bonne volonté aux Nations unies »

Amal Clooney, avocate de Nadia Murad dans la préface de Pour que je sois la dernière

Derrière l’autobiographie

Bien plus qu’une autobiographie, ce livre se révèle être un témoignage de la culture Yézidie. Nadia prend le temps de nous expliquer ce qu’est vraiment le yézidisme et les coutumes qui lui sont associés. Les Yézidis croient en Tawsi Melek, « l’ange-paon ». Leurs coutumes peu répandues et donc peu conventionnelles sont souvent incomprises. Ils ne mangent pas de citrouille, le bleu est une couleur sacré et leur lieu de pèlerinage (la vallée de Lalish) n’est commun avec aucune autre religion (contrairement à Jérusalem par exemple). Le baptême bien qu’important n’est pas nécessaire pour être considéré comme membre à part entière de la communauté. Ils suivent les enseignement du Cheikh Adi, qui s’est installée dans la vallée sainte aux environ du XII ème siècle.

Le Baba Sheikh est le chef spirituel des Yézidis. On pourrait le comparer au Pape des chrétiens. Il est présent lors des rencontres religieuses importantes et lors des cérémonies. Il détient aussi le pouvoir judiciaire, résolvant les conflits entre Yézidis.

Les origines de cette religion sont disputées entre deux principales théories. Pour l’une, il s’agit d’une survivance du mithraïsme iranien. D’autres la considère plutôt comme un mouvement hétérodoxe de l’islam sunnite.

Mon avis en quelques phrases

Ce livre est une vrai leçon d’humanité. C’est un appel à la tolérance, à la préservation de la diversité des cultures et à l’acceptation de l’autre. Je ne peux que vous en conseiller la lecture. J’appose tout de même un avertissement pour nos lecteurs les plus jeunes. Bien que pudiquement raconté, la violence physique et psychologique reste présente dans le récit.

Print Friendly, PDF & Email

Que pensez-vous de l'article ?

Cliquez sur une étoile pour l'évaluer !

Moyenne 0 / 5. Nombre de votes : 0

Aucun vote pour l'instant 🙁 Soyez le premier à noter cet article !

Nous sommes désolés que cet article ne vous ait pas été utile...

Améliorons cet article !

Que devons-nous améliorer ?