La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker

La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker

28 septembre 2019 0 Par Manon Filipozzi

Qui de nous, lecteurs, descellera la vérité ? Que devenons-nous attendre de ce récit ? Entre rebondissements, vérités et mensonges, qui devons-nous croire ?

En lisant les premières pages de ce roman, je me retrouve plongée en plein coeur d’une enquête policière. Je dirais, en tant que lectrice universelle, que je me suis pleinement immergée dedans. Je n’ai effectivement pas vu le temps s’écoulé tant la lecture était pertinente et captivante. 

Le contexte de l’affaire Harry Quebert

La police décide d’ouvrir une enquête à la suite de la disparition de Nola Kellergan, le 30 août 1975, dans l’état américain du New Hampshire. Déborah Cooper, seul témoin de la scène est retrouvée assassinée. De ce fait, l’affaire est rapidement classée. Une trentaine d’années plus tard, Marcus Goldman, un jeune et célèbre écrivain peine à trouver de l’inspiration pour son prochain livre. Il décide de quitter New York pour chercher de l’aide auprès de son ancien professeur et ami, Harry Quebert. Dans le même temps, ce dernier voit son passé le rattraper. Il est accusé d’avoir assassiné l’adolescente Nola Kellergan. Avec laquelle il aurait entretenu une relation amoureuse. Marcus Goldman va tenter d’innocenter son mentor menant sa propre enquête. Dès lors, une seule question va obséder les enquêteurs : Qui a tué Nola Kellergan ?

S’il est vrai que cette question est au centre d’une grande majorité des romans policiers, il ne faut pas penser qu’il s’agit d’un livre déjà-vu !

Dans l’excitation littéraire 

La vérité sur l’affaire Harry Quebert, est un polar, publié en 2012 par les éditions de Fallois/ L’Âge d’ homme. Il est vendu à l’international, traduit dans une quarantaine de langues. Il est estimé avoir été vendu à 5 millions d’exemplaires. De plus, le roman a reçu deux grandes récompenses en France. Il est récompensé du Prix de la Vocation de la Fondation Bleustein-Blanchet et du Grand Prix du roman de l’Académie française. Si bien qu’il reçoit aussi le Prix de Goncourt des lycées.

« Si vous mettez le nez dans ce gros roman, vous êtes fichus. Vous ne pourrez pas vous empêcher de courir jusqu’à la six centième page. Vous serez manipulé, dérouté, sidéré, agacé, passionné par une histoire aux multiples rebondissements, fausses pistes et coup de théâtre. »

Bernard Pivot dans Le Journal du Dimanche.

En quête de la vérité, ce roman de 670 pages nous entraîne dans une longue intrigue faites de suspens et de péripéties. Il est très facile de cerner le style de narration de l’écrivain. Chaque chapitre évoque des questionnements et des remises en doute sur l’affaire. L’histoire prend des tournures différentes. De manière à ce que l’auteur ne nous laisse jamais sur notre fin. Ainsi, au cours de la lecture on remet tout en question quitte à émettre nos propres théories, ce qui est digne d’un véritable roman policier. Rien ne peut donc couper le plaisir de la lecture.  

Toutefois, même si le roman est d’une large épaisseur. La qualité de la narration rend la lecture agréable et torrentueuse tellement nous sommes happés par son contenu. Le roman touche un large public, débutant chez les jeunes adultes, dans le sens où il est accessible. Il n’y a pas de complexités malgré les 31 chapitres qui peuvent effrayer. Il faut seulement prêter une attention particulière aux moindres détails. Ils sont prédominants pour essayer de résoudre l’enquête. Puis, éventuellement pour envisager sa propre fin.

Deux cadres spatio-temporels

Joël Dicker utilise un effet de flash-back temporel. C’est pourquoi, le lecteur se retrouve balancé entre deux époques : 1975 et 2008.

En effet, l’enquête se déroule dans le courant présent. Cependant, elle a déjà été classée trente huit ans auparavant. Cette affaire ressort au grand jour après la découverte du corps de la jeune fille disparue plus tôt dans le jardin de Harry Quebert. Son arrestation remet en question toute la vérité. Ainsi, les retours au temps de l’affaire permettent une immersion intégrale dans l’enquête des années 70. Une nostalgie pour les grands adultes et une fascination pour les plus jeunes adultes.

Pour les connaisseurs, le roman pourrait se rapprocher des séries américaines criminelles sur les affaires non-élucidées, telle que, la série diffusée sur France 2 datant de 2003 : Cold Case

Un écrivain qui charme son public

Joël Dicker, est un jeune écrivain suisse de 34 ans, diplômé à la faculté de droit de l’Université de Genève. Il décide de se focaliser sur sa passion qui est l’écriture. À partir de 2012, il commence à publier son premier roman Les derniers jours de nos pères. Puis, il enchaine la publication de 6 autres récits dont 3 ressortent principalement : La vérité sur l’Affaire Harry Quebert (2012) ; Le livre des Baltimore ( 2015) ; La disparition de Stephanie Mailer (2018).

Grâce à un concours donné à Genève, il réussit à trouver une porte vers le succès pour son premier roman. C’est à ce moment là, qu’il remporte le prix des écrivains genevois (2010). En suivant, deux grands éditeurs, un français et un suisse, Bernard de Fallois et Vladimir Dimitrijevic chérissant autant la littérature que notre auteur vont s’éprendre de son travail et croire en son succès. Et par conséquent, lui donner la chance de publier son roman.

Avant tout, l’auteur est un passionné. Lors d’une interview sur l’émission On n’est pas couché du 03 novembre 2012, Joël Dicker confie son engouement pour écrire par « plaisirs« . En effet, il atteste aussi « ne pas avoir forcément plu au début avec son premier roman aux maisons d’éditions ». Cependant, il ne se butte pas et décide d’écrire un deuxième roman pour se satisfaire à lui-même. Se disant que même si sa nouvelle oeuvre ne plait pas, il sera lui heureux de l’avoir réalisé parce qu’il en aura retiré quelques choses et travailler dur dessus. C’est le message qu’il transmet en particulier dans La vérité sur l’affaire Harry Quebert.

L’auteur se mêle aux personnages

Par ailleurs, l’auteur effectue sa propre mise en abîme en tant qu’écrivain. C’est à dire, un écrivain à la recherche d’inspirations pour ses prochaines histoires. Conformément à, d’une part son personnage, Harry Quebert, professeur d’université et écrivain réputé ou d’une autre part, de Marcus Goldman, écrivain à succès en raison de son premier roman. Tout deux sont des écrivains célèbres se rapprochant au plus près de la biographie de notre auteur.

Joël Dicker place le rôle de l’écriture en l’un des sujets les plus important de son récit. En premier lieu, il expose dans l’incipit un très bref paragraphe sur l’écriture d’un roman et le métier d’écrivain. Joël Dicker y raconte sa propre vie en tant qu’écrivain et son travail personnel d’écriture. De plus, son personnage, Marcus Goldman est frappé par le syndrome de la page blanche. En quête d’inspirations. Il va l’obtenir auprès de son ancien ami le professeur Quebert. Dès lors, les lecteurs peuvent comprendre que les conseils que reçoit Goldman par Harry Quebert sur l’écriture sont aussi une mise en abîme.

Non seulement, l’auteur se place de manière abstraite dans le livre à travers ses personnages mais il est aussi investi dans son oeuvre autrement. Curieux, Joël Dicker va suivre la production de son roman au cinéma. En effet, il apparait dans certaines scènes jouant deux personnages secondaires : Un policier et un Texan.

À la recherche d’une « véritable » justice

En outre, la vérité sur l’affaire Harry Quebert peut être considérée comme un polar moderne. L’auteur aborde divers sujets d’actualités. Les lecteurs peuvent se demander : quelle Amérique veut-il mettre en avant ? Il faut se rappeler que l’enquête ressort en 2008, l’année de l’élection de Barack Obama. De ce fait, il est évident qu’il pointe le doigt sur les travers de la société moderne. De part, une réflexion sur l’Amérique, sur sa justice et sur les médias en général. Des sujets qu’il remet déjà en cause dans son tout premier roman.

Par exemple, il souligne la prédominance des médias modernes au sein de l’affaire. C’est à dire les faux-dits qu’ils diffusent et la médiatisation de l’affaire à l’échelle nationale. Effectivement, on se retrouve dans un imbroglio judiciaire diffusé par les médias. Ces derniers qui émettent des « fausses pistes » et corrompent la justice voir même le lecteur. On peut envisager que seulement un personnage est porteur de la vraie justice, Marcus Goldman.

Une Amérique puritaine et l’écriture

Ensuite, l’auteur souligne deux thèmes majeurs qui s’entremêlent pendant le récit. Il s’agit de l’amour interdit entre Harry Quebert, professeur d’université, et Nola Kellergan, jeune étudiante. Mais aussi de la passion que les personnages principaux entretiennent pour l’écriture.

affaire Harry Quebert film

Il est vrai, l’amour raconté est un amour « mal vu » pour cette Amérique puritaine. Il faut se rappeler que l’histoire se déroule dans le Nord-Est du pays, un état anciennement colonisé par des anglais puritains (courant religieux provenant du calvinisme). Ces derniers ont fondé ce nouvel État appelé « Nouvelle-Angleterre » au XVII ème siècle.

En conséquence, la religion à une place importante dans le récit. Les deux amants se voient en cachette pour éviter le regard de la société mais avant tout du père de la jeune fille, pasteur de la ville. Dans une Amérique puritaine des années 70 où leur amour est impossible.

J’ai pu noté un lien puissant entre la quête pour l’amour et celle pour l’écriture d’un livre. Puisque le corps de Nola est retrouvé à enlacer le recueil d’amour écrit par Harry Quebert. De ce fait, il trouve son inspiration à travers la romance qu’il entreprend avec son étudiante.

« Deux choses donnent du sens à la vie : les livres et l’amour ».

Une citation de Joël Dicker dans La vérité sur l’affaire Harry Quebert.

À propos de l’adaption cinématographique de l’affaire Harry Quebert

Bande-Annonce de la série télévisée La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert

Tout d’abord, la vérité sur l’affaire Harry Quebert est adaptée en une mini-série télévisée américaine. Elle compte au total 10 épisodes d’une durée approximative de 55 minutes. Le casting est plaisant, le rôle du personnage principal, Harry Quebert, est tenu par l’ancien chirurgien des services de la série Grey’s Anatomy, Patrick Dempsey. L’adaption est réalisée par un réalisateur français, Jean-Jacques Annaud. Elle est diffusée en Suisse en novembre 2018 puis dès le lendemain sur la chaîne française du groupe TF1.

Après les critiques négatives faites à l’issue de l’adaptation du roman. Ma critique personnelle sera nuancée. Il est vrai que, le scénario reste fidèle à l’histoire du roman. Le réalisateur livre une construction similaire : les cadres chronologiques et les mises en abimes. Tous les personnages décrient dans le livre son présents. Ils collent tous à leurs traits de personnalités : mystérieux, déroutants, courageux ou encore méfiants. De plus, on retrouve Marcus Goldman submergé par la célébrité de son livre mais en perte d’inspiration pour le suivant. Ainsi que, Harry Quebert devenant « le suspect idéal ».

De surcroît, l’atmosphère mystérieuse est palpable. On se retrouve les paysages du Maine (NH), abritant de grandes forêts de conifères, de vastes vallées avec une large plage sauvage. Un paysage qui laisse place à l’intrigue tout comme je me l’imaginais en lisant ce roman. C’est d’ailleurs, Joël Dicker, lui même, qui a confié adorer mettre en scène les paysages américains en raison des grands espaces variés qui n’existent pas dans son pays natale.

Un scénario très attendu mais guère apprécié…

Néanmoins, se lancer dans l’adaptation d’un roman à succès n’est pas chose si évidente ! Jean-Jacques Annaud s’est réellement impliqué dans sa production : il tente de dépeindre un environnement authentique au livre. Les scènes sont tournées au Canada en pleine nature par exemple.

Malgré l’impatience de certain passionnés et une audience d’environ 4 millions de téléspéctateurs. On assiste à une série peu dynamique et peu vivifiante. Le feuilleton ne met pas les téléspectateurs en haleine ! Le Figaro qualifie le scénario « d’un scénario scolaire » (publié le 21/11/2018), n’ayant pas l’originalité attendue.

De plus, une personne ayant déjà lu le roman va très semblablement trouver la série moins envoutante. Copiant traits par traits l’intégralité des pages du roman et laissant place à une intrigue policière peu palpitante, le réalisateur reste bloqué dans une sphère de clichés qui déplait à la majorité des téléspectateurs. Ces derniers auraient souhaité être éblouis comme ils ont pu l’être après la lecture du chef d’oeuvre policier.

Tout bien considéré, je dirais que les avis peuvent être controversés. Il faut se laisser porter par un scénario qui tente toutefois de nous faire voyager dans l’univers de Dicker.