Au pays du Matin calme, Le temple de l’Indépendance

Au pays du Matin calme, Le temple de l’Indépendance

12 juin 2020 0 Par Charles Carceller
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À l’occasion d’un semestre international en Corée du Sud, je vous propose de partir à la découverte des perles coréennes et asiatiques. Je me suis rendu sur place. Le site est le symbole de la fierté de la nation sud-coréenne : le temple de l’Indépendance.

Jour de la Libération de la Corée
Jour de la Libération de la Corée

La route pour le musée

Notre périple commence non loin de la ville de Cheonan. C’est à deux heures de bus environ à la périphérique de la ville. Bienvenue au village de Byeongcheon-myeon perdu au milieu des monts et collines modelant la campagne coréenne. J’effectue mon semestre d’échange international à l’université de KOREATECH. Afin de nous rendre sur les lieux, nous devons prendre le bus inter-cité en direction de Jincheon. Nous sommes partis pour une quarantaine de minutes de voyage avant d’atteindre notre destination. La plaine de Namhwa-ri est à une quinzaine de minutes de transports en commun au sud-est de Cheonan.

Une Ode à la liberté, histoire du musée

De la Corée pré-coloniale et l’annexion japonaise, contexte historique

Du XVIIème à la fin du XIXème siècle, la dynastie Joseon gouverne l’ensemble de la péninsule. Pendant deux siècles, une politique isolationniste va couper le pays du reste du monde, à l’exception du suzerain chinois. Cette période prendra fin en 1894, face à la pression des puissances occidentales dans la région. Une révolte paysanne éclate dans le sud-est du pays. Malgré les appels à l’aide vers la Chine, le 17 avril 1895, ce dernier résoudra le conflit en cédant sa suzeraineté sur la péninsule aux Japon par le traité de Maguan. En conséquence de la défaite chinoise lors de la guerre sino-japonaise débutée un an auparavant. Cette guerre a pour objectif de marquer le début de la domination japonaise sur le pays. En 1896, le roi Kojong libéralise le pays par d’importantes réformes visant à mettre fin à la société confucéenne traditionnelle. L’année suivante, il proclame l’empire coréen.

Ye Wanyong, le dernier premier ministre de Corée sous l'Empire, connu pour avoir signé le traité d'annexion de la Corée au Japon en 1910.
Ye Wanyong, le dernier premier ministre de Corée sous l’Empire, connu pour avoir signé le traité d’annexion de la Corée au Japon en 1910.

En 1904, la Corée voit sa souveraineté diminuer en devenant un protectorat japonais. Malgré la résistance des coréens face à l’occupant, le pays reste libre de collaborer avec le reste du monde, France et Russie en sont des exemples. Mais la puissance grandissante du voisin nippon va exacerber les tensions avec la Mère Patrie, au point de mener à la guerre russo-japonaise de 1904. Le statut de protectorat en est une conséquence directe afin de protéger les intérêts du Soleil Levant dans la région. Cette situation instable mènera au déclin de l’empire coréen en 1909, année où le résistant An Jung-gueun assassine le représentant du Japon Hirobumi Ito. En réaction, le Japon annexe avec la Corée avec le soutien du Royaume-Uni, le 29 août 1910.

Occupation japonaise de la Corée de 1910 à 1945

Expropriation territoriale

De 1910 à 1939, pendant la pré-guerre, le pouvoir impérial va s’atteler progressivement à « japoniser » la toute nouvelle province, renommée Chosun. C’est en 1906 où le Gouverneur-Général de Corée, Terauchi Masatake, fait adopter une loi facilitant l’installation et l’appropriation de terres par les colons japonais. Si la nouvelle est au premier abord accueillie favorablement par la population coréenne, la réalité est moins avantageuse. Tout d’abord car le gouvernement local oblige les nouveaux arrivants – et donc de potentiels propriétaires – à bénéficier de documents écrits prouvant la propriété de leurs sols.

Or, l’absence de tel système dans la société coréenne traditionnelle força de nombreux fermiers coréens a être exproprié du jour au lendemain de leur terre. Et ainsi, à devenir les « esclaves » de l’élite des propriétaires japonais. La construction forcée de voie d’irrigations alimentée par les lourdes taxes sur les récoltes des tenanciers-paysans coréens, forcèrent certains de ces derniers à envoyer leurs filles et leurs femmes dans usines pour subvenir à ces paiements.

Shoki-kamei, assimilation culturelle des noms

Général Jiro Minami, gouverneur général de Corée de 1936 à 1942.
Général Jiro Minami, gouverneur général de Corée de 1936 à 1942.

Ces exactions menées envers le peuple colonisé est un exemple du procédé d’assimilation. Nous pouvons citer la période du Soshi-kamei (1909-1940), composée de trois ordonnances promulguées. La première en 1909, nommée Ordre 124, promulguée par le gouvernement impérial coréen qui avait pour but de moderniser le système de registre familial. Le pays sous protectorat nippon, autorisa les familles à prendre un nom et prénom japonais. Cela a entrainé des confusions à l’annexion en 1910 avec les natifs japonais. Afin de remédier au problème, le gouvernement colonial forçat la population à reprendre leur nom d’origine.

Les ordonnances de 1939 et 1940 renversent l’interdiction gouvernementale coloniale de 1909. Elles autorisent sur la base du volontariat à modifier le prénom et le nom de famille. Toutefois, la culture coréenne possède une particularité en terme de patronymes : les noms de clans. Pendant des siècles, cette coutume est un signe d’appartenance familiale et traditionnelle. Pour ne pas abandonner l’héritage, les japonais autorisèrent les volontaires, s’acquittant d’une taxe, a posséder trois noms. Le nom de famille « shi », le nom de clan « sei » et le prénom « mei ». Ce n’est qu’à la fin de la guerre, lors de l’établissement du gouvernement militaire américain que les familles retourneront à leurs nom d’origine.

Création et inauguration du musée, de 1945 à nos jours

Crée en 1945 pour y accueillir le gouvernement de Corée en exil, en Chine, les bâtiments originels seront rapatriés à la libération pour y être transformés en musée, tel que nous le connaissons aujourd’hui. Il a été inauguré en 1987 à l’occasion de l’anniversaire de la libération, le 15 août 1945: au travers de vestiges coloniaux japonais, de menhirs de l’époque Joseon et de documents de la résistance coréenne lors de la Seconde Guerre Mondiale. Le site retrace 5 000 ans d’histoire de la nation coréenne du néolithique à nos jours, tout comme les mouvements indépendantistes lors de la période coloniale japonaise. Le temple de l’Indépendance rempli ce devoir de Mémoire afin de commémorer ses citoyens tombés pour la patrie.

Composition et géographie

Fort d’un terrain de 23 424 m², les infrastructures sont disposées de façon à exhaler la fierté nationale aux yeux des visiteurs tout au long de leurs parcours. Ainsi, ils emportent avec eux un voyage de l’histoire nationale coréenne. Parmi les structures présentent, on retrouve :

  • 7 salles d’expositions dédiées chacune à une période précises de l’histoire coréenne. Du Néolithique à nos jours.
  • Une bibliothèque
  • Des vestiges de l’époque coloniale japonaise
  • Un théâtre 4D le « Circle of Vision »

Accessoirement, le site dispose de commodités telles qu’un étang de lotus blanc, une aire de camping et une place de repos entourée de pinède. Bien que tout ai été pensé pour le confort des voyageurs les plus accomplis, ces installations ne sont pas les plus remarquables du site.

Monuments et vue d’ensemble

Parmi les monuments présents sur l’ensemble du site. Il y en a de plus impressionnant et captivant, tout au long de votre parcours. En voici une liste non-exhaustive des plus remarquables.

Statue des Coréens Indomptables

Cette statue de granite pèse 3 tonnes. Elle est composée de 8 protagonistes symbolisant les provinces de la Corée. L’un d’entre eux, a le doigt pointé vers l’avant. Il porte un enfant sur ses épaules représentant ainsi le progrès vers des valeurs comme la justice et liberté.

Les Indomptables Coréens, design par Kim Yeong-jung
Les Indomptables Coréens, design par Kim Yeong-jung

Hall de la Nation

Abritant la statue des Coréen Indomptables, le Hall de la Nation est la plus grande maison avec toit en ardoise au monde. Aux dimensions de 126 mètres de longueur, 68 mètres de largeur pour une hauteur de plus de 64 mètres, ce bâtiment utilisé pour commémorer la libération du pays le 15 août.

Le Hall de la Nation, design par Kim Ki-ung
Le Hall de la Nation, design par Kim Ki-ung

Monument de la Nation

Malgré cette démonstration de grandeur, il n’est plus impressionnant que le Mémorial de la Nation. La tour haute de près de 52 mètres, symbolise l’unité du peuple coréen. C’est le premier bâtiment visible à l’arrivée. Ce monument rappelle que malgré les différences actuelles entre les deux Corée, l’idée de réunification n’est pas éteinte. Cette tour symbolise l’unicité de peuple coréen au delà de leurs différences.

Symbole de l'unité culturelle coréenne, le monument trônant au centre du musée est le premier éléments captant l'attention du visiteur.
Symbole de l’unité culturelle coréenne, le monument trônant au centre du musée est le premier éléments captant l’attention du visiteur.

Vestiges du quartier général du gouvernement colonial japonais

Construit en 1941, il se peut qu’il s’agisse de la pièce maîtresse de ce musée. Les restes du bâtiment sont les stigmates de la volonté nippone révolue de domination et d’installation à long terme sur le territoire de la province de l’Empire à cette époque. La Corée fut un réservoir à la fois en ressources humaines, matérielles et énergétiques pour l’effort de guerre japonais. Ce n’est qu’à la libération en 1945 que le bâtiment sera détruit pour donner les ruines actuelles.

Place centrale de l'Ancien gouvernement général de Corée
Place centrale de l’Ancien gouvernement général de Corée
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