Le passage

Le passage – Partie 4

        Le Chef s’approcha de lui et lui parla face à face. Monsieur Delbois ne sut pas quoi répondre, quoi faire. Il était sous le choc. Ces quelques mots prononcés par son ami, ou en tout cas, celui qu’il considérait comme tel, avait fini par le choquer. Tout avait donc était programmé pour qu’il vienne jusqu’ici, d’où cette générosité à l’aider ! Il était tout de même perplexe : dans quel but ?

L’homme se fraya un chemin dans l’assemblée, plongeant parmi les ombres blanches. Ces dernières s’égaillèrent en murmurant, révélant une silhouette diaphane allongée par terre, inerte. Il s’agenouilla. Il aurait voulu tendre la main, toucher, mais il n’osa pas : d’un corps ne restait que la peau. Juste une couche fine d’épiderme. Un fantôme posé à même le sol. Il était décidément non pas dans un rêve mais dans un cauchemar. Cette silhouette allongée au sol lui rappelait quelqu’un, une personne qu’il connaissait bien, très bien même. Seulement, impossible de décrypter son identité. Trop de bruits autour de lui, les fantômes riaient à gorge déployée. Soudain, il entendit une voix, une douce voix, très tendre. Une voix féminine !

Vous entendez ?

Oui, nous l’entendons tous.

       La voix se rapprochait. Une fumée épaisse se propageait dans la pièce et apparaissait au plafond. Une sublime silhouette passa à travers les murs. Elle répétait à voix basse « Ne te mets pas martel en tête ».

    Eymeric commençait à apercevoir son visage. Sa voix lui disait quelque chose. Ce n’était pas une femme mais, une petite fille.

Je te reconnais ! Tu es la petite fille des bois ! Ah ! Vous voyez, j’avais raison. Je n’étais pas saoul, dit-il au Chef.

Je croyais m’être bien cachée. Je m’excuse Chef, intervint la petite voix penaude.

     Le Chef connaissait cette petite fille à couettes ! Il fit d’ailleurs signe que ce n’était pas grave mais laissa tout de même un sourcil froncé pour montrer son mécontentement. Son attention était détournée du Chef par la voix de la petite fille qui lui disait d’être fort, de se battre, de continuer à vivre même si c’est compliqué. Elle lui expliqua qu’il fallait qu’il arrête de chercher.

       Eymeric s’accroupit une fois de plus. Pencha la tête. C’était à vingt centimètres du visage de cette personne qu’il se rendit compte… La personne allongée était lui. C’était lui !

Mais… Mais…

C’est moi ! Mais pourquoi ?

     Tous les fantômes sortirent de la pièce hormis le Chef. Eymeric attendait des explications.

– C’est un sujet très délicat à aborder cher Monsieur Delbois. Cette fameuse salle où nous nous trouvons est un passage – voyant qu’il ne comprenait toujours pas – Le passage entre le réel et l’irréel.

         Le Chef lui expliqua alors, qu’il y avait plus d’une semaine que ce corps s’était posé ici de façon inattendue. Il avait voulu en savoir plus à son sujet mais n’avait rien trouvé. Aucune trace et justification.

         La petite fille prit alors la parole.

Je suis là, face à toi. Tu ne me reconnais pas ?

Non, pourquoi?

Tu m’as déjà rencontrée. On ne s’est vu qu’un dixième de seconde mais je me rappelle très bien de toi, Eymeric, tout comme je me souviens de ton nom, de ta famille et des circonstances de notre rencontre.

            Des larmes coulaient de ses yeux rougis, prêts à exploser. Des sensations l’assaillaient. Des images se mettaient à défiler dans sa tête. Ses mains se posèrent sur son visage, il pleurait à n’en plus finir. Il se souvint de cette petite fille. Il s’en souvenait à présent très bien. De cette période-là,  de son nom, de sa famille et des circonstances de cette terrible rencontre. Un cauchemar dans un autre cauchemar tel une mise en abîme magnifiquement cruelle.

         La petite fille se rapprocha, finit enfin par toucher le sol, marcha lentement vers Eymeric. « Ce n’est pas grave Eymeric, il faut continuer à vivre ». Soudain, toujours en larmes, il tendit les bras. Les pas de la petite se firent de plus en plus rapides. Elle se jeta dans ses bras. Comme un pardon qui le réconciliait avec la vie.

          Après ce court moment, Eymeric ressentit d’étranges pulsations au niveau des pieds. Il ne pouvait plus marcher. Ces pulsations montaient le long de ses jambes, prenaient possession de son corps. Cela devenait envahissant.

            Il était allongé au sol, à côté de sa silhouette. Les pulsations toujours présentes, aux pieds, aux hanches, aux bras et à la tête. Cela ressemblait à des coups de poignard. La douleur montait en lui, les coups étaient de plus en plus poignant. Un blocage à la poitrine commençait rapidement à se former. Rétraction du souffle, faiblesse dans les jambes, tête lourde, il part.

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