« Petit Pays » : souvenirs de jeunesse

« Petit Pays » : souvenirs de jeunesse

28 novembre 2020 0 Par Manon Filipozzi
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Réalisateur de La Promesse de l’Aube, Éric Barbier s’inspire du roman de Gaël Faye avec justesse et bienveillance. À travers le regard enfantin du jeune Gaby, il reconstitue la tragédie d’un projet génocidaire historique faisant un million de victimes au Rwanda. Tout au plus, à l’instar de la réalité, Petit Pays, témoigne des blessures psychologiques et morales laissées par un douloureux passé

« L’innocence de l’enfance face à l’histoire », Petit Pays

Petit Pays écrit par Gaël Faye, jeune interprète-chanteur et écrivain Franco-Rwandais raconte l’histoire homonyme de la famille Chappaz. Il traite d’un sujet qui le touche personnellement.

En effet, c’est en 1993 que l’intrigue démarre, tous vivent dans une maisonnette familiale à Bujumbura, Burundi. Le scénario se focalise principalement sur le garçon de 10 ans, Gabriel, surnommé « Gaby » dans le film. Il vit avec son père, un expatrié français dirigeant sa propre entreprise. Sa mère, une Rwandaise tutsi se considérant davantage comme une Française, puis sa petite soeur, prénommée Ana. Tous les quatre vivent paisiblement de manière aisée bien loin des rivages de la pauvreté et de la violence africaine.

Le jeune Gaby, le personnage principal du film interprété par Djibril Vancoppenolle

Au début du film, on suit Gabriel et son groupe d’amis qui jouent librement. Ainsi, l’innocence et l’insouciance juvéniles font partie des premières scènes du récit. C’est dans cette perspective que les deux auteurs ont voulu aborder le sujet de l’enfance : mettre en lumière le point de vue d’un enfant qui passe de l’ignorance à la réalité tragique d’un contexte violent. Le groupe d’amis commencera à jouer avec des armes dans les prairies sauvages et finira par les utiliser sur autrui. La puissance des images dans le film accentue l’âme d’un enfant ébranlée à la vue des cadavres, morts à coups de machette sur le long des routes. Des vies entières fauchées par la monstruosité d’un génocide !

Une des chansons de Gaël Faye est d’ailleurs utilisée dans le générique final du film. Lui aussi est détruit par les ravages du génocide l’ayant poussé à quitter son pays natal en laissant derrière lui son enfance, sa maison et ses origines. Le texte est poignant voire même déchirant, j’ai été submergée par l’émotion !

Alors petit pays, loin de la guerre on s’envole quand ? (…)

Petit pays : te faire sourire sera ma rédemption

Je t’offrirai ma vie, à commencer par cette chanson

L’écriture m’a soigné quand je partais en vrille

Seulement laisse-moi pleurer quand arrivera ce maudit mois d’avril

Tu m’as appris le pardon pour que je fasse peau neuve

Petit pays dans l’ombre le diable continue ses manœuvres

Tu veux vivre malgré les cauchemars qui te hantent

Je suis semence d’exil d’un résidu d’étoile filante

Paroles extraites de la chanson Petit Pays de Gaël Faye

Divisions ethniques : les Tutsis et les Hutus

Le film, Petit Pays, met l’accent sur une instabilité communautaire au Burundi et au Rwanda. On distingue deux camps parmi la population, celui des Tutsis et celui des Hutus, une période de violence qui a meurtri la pensée collective des Tutsis. Ces derniers sont persécutés par les Hutus sans pitié et sans qu’il n’y ait de justice.

Le 6 avril 1994, alors que les tensions sont de plus en plus palpables au Rwanda, le président hutu, Juvénal Habyarimana, est assassiné. Cet événement atteste de la fragilité politique dans laquelle les Rwandais vivent depuis l’indépendance du pays en 1962. L’assassinat du président rwandais est ainsi connu comme le déclencheur de la guerre civile entre Hutus et Tutsis. S’ensuit le génocide qui va être classé comme le dernier génocide moderne du XXème siècle.

Le père de Gaby, interprété par Jean-Paul Rouve, offre plus de compréhension sur les relations entre les deux partis. Il répète plusieurs fois à son fils que la seule distinction qu’il y a, se traduit par le nez des Tutsis qui est de manière sarcastique plus imposant. On distingue au fil du scénario l’importance des origines. Isabelle Kavano, dans le rôle de la mère, ne met pas en avant ses origines rwandaises au début du film. C’est seulement au cours du génocide qu’elle y portera plus d’attention.

Toutefois, sous l’accentuation des violences dans la ville, il est question à un moment donné de choisir son camp : celui de la violence ou celui de la passivité pour éviter la mort.

Les séquelles du passé : traumatismes et punitions

Des partisans hutus (Rwanda, 1994) / franceculture.fr

Vingt six années se sont écoulées, mais les images atroces associées au génocide ne disparaissent pas. En guise de mémoire, le monde se souvient des photographies et vidéos sanglantes transmises à la télévision, des massacres de population barbares en toute impunité.

Dans le film, le réalisateur ne demande pas de choisir son camp, il veut avant tout montrer les réels effets psychologiques et physiques post-génocide. On remarque la destruction de familles entières : la mère de Gaby devient complètement folle en raison de ce qu’elle a vu. De plus, les victimes rescapées tentent de se reconstruire même si leurs vies sont anéanties. Certaines ont dû fuir leur pays pour éviter la mort. Encore aujourd’hui, elles sont en quête d’identité, arrachées de leur terre de naissance comme on pourrait dire en anglais « motherland« – elles sont à la recherche de leurs origines.

« Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie »

Citation du roman de Gaël Faye, Petit Pays, 2016

Par ailleurs, un des hommes les plus recherchés au monde par la justice internationale, Félicien Kabuga a été arrêté récemment. Il est accusé de « financier du génocide rwandais« . Cela montre que même après 26 années d’injustice, les responsables des hauts crimes contre l’humanité sont traqués et jugés. De ce fait, pour les victimes c’est un moyen d’obtenir justice même si c’est une page qui ne pourra pas se tourner définitivement.

Le génocide rwandais montre une cruauté humaine immense qui prend en compte toutes celles faites par les hommes au cours de l’histoire et de nos jours. Alors sur un ton moralisateur : à quel point l’homme est-il capable d’user d’autant de violence envers autrui ?

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