« If Beale Street could talk »

« If Beale Street could talk »

2 mars 2019 0 Par Julie Anglade

Nominés pour trois oscars, j’en attendais beaucoup de ce long-métrage adapté du roman de James Baldwin. Romancier qui en son temps, avait réussi à dénoncer avec une justesse tinté de pudeur la violence du racisme dans la société américaine. Le film nous plonge dans le Harlem des années 70 mais, sans rappel de cette spatialité, il semble avoir pour ambition de porter un regard généraliste sur la condition des afro-américains à cette époque.

« Every black person born in America was born on Beale Street, born in the black neighborhood of some American city, whether in Jackson, Mississippi, or in Harlem, New York. Beale Street is our legacy.” James Baldwin

Le réalisateur met en scène Tish et Fonny, un jeune couple insouciant, leur amour naissant et leur famille respective. Alors qu’ils envisagent de se marier, Fonny est victime d’une erreur judiciaire. Les jeunes gens se retrouvent plongés dans l’enfer du système carcéral américain, engagés dans un combat pour la liberté. 

Une production bouleversante

L’univers musical et photographique développé par Barry Jenkins invite le spectateur à s’imprégner du film par tout ses sens. Si cette esthétique se veut au service de la narration, elle prend parfois le pas sur son déroulement. L’assombrissement voulu des plans au fur et à mesure de la progression des personnages soulignant le caractère fataliste de leur situation. Fidèle à son style dans « Moonlight », le réalisateur nous livre des plans rapprochés sur les personnages ajoutant une touche intimiste aux scènes, nous écrasant par leur présence et leur vérité. Cependant cette approche technique nous prive de l’environnement pourtant tout aussi riche dans lequel évoluent les personnages et du langage corporel des acteurs lors des faces à face poignant notamment entre Fonny et Brian. Des plans lents, semblables dans leur composition (position des acteurs, qualité de l’image, choix des couleurs) à des photos d’art marquent la temporalité du film. La musique composée par Nicholas Britell porte le film, enveloppant le spectateur dans une ambiance chargée d’émotions, unissant les sens. Les ellipses choisies par le réalisateur sont interessantes et plutôt bien placées quoi qu’un peu trop longue sur la dernière donnant l’impression d’une fin très rapide, trop rapide. 

Un écho du réel

Les photos d’archives intelligemment utilisées nous ramènent subtilement à la réalité. Elles nous rappellent la dimension engagée de ce film qui ose toucher à beaucoup de sujets, que certains définiront comme tabous : religion, condition sociale des minorités, inégalité d’accès à l’éducation, pauvreté, viol et discrimination pour n’en citer que peu. Les personnages féminins tiennent des rôles primordiaux, incarnant avec profondeur des archétypes sociaux dans le cas des mères deux visions différentes de l’éducation et de l’engagement  s’affrontent : l’une tournée vers sa foi et la tradition l’autre vers ses enfants. Le personnage principal féminin se révèle intéressant bien que son interprétation sur la réserve atténue l’intensité de la bataille judiciaire. L’humour, relativement présent dans le film, est mis au service de l’engagement, dénonçant en douceur mais avec des mots tranchants une réalité sociale dure et de forts conflits intercommunautaires. 

« If Beale Street could talk » est donc un film immersif et touchant qui ne nous laisse pas repartir indemne. Un hymne pour l’amour et pour la vie que la prédominance de l’eau comme symbole semble appeler