Critique cinéma : Phantom Thread de Paul Thomas Anderson

Critique cinéma : Phantom Thread de Paul Thomas Anderson

25 mai 2020 0 Par Victor Roussel
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Dix ans après le magnifique « There Will Be Blood » qui avait laissé une empreinte indélébile dans le cinéma moderne, l’acteur Daniel Day-Lewis était de retour en 2017 devant la caméra de Paul Thomas Anderson pour son dernier film, Phantom Thread. 

Plongé dans le Londres des années 1950, le film nous raconte l’histoire de Reynolds Woodcock, couturier engagé pour dessiner les vêtements des gens de la haute société épaulé par sa soeur, Cyril. Un jour, il va faire la rencontre d’Alma qui va devenir sa maîtresse mais aussi sa muse.

Une histoire d’amour aussi complexe que belle

Véritable hymne à l’amour et au déchirement amoureux, Phantom Thread présente une autre thématique que l’on retrouve dans de nombreux films de Paul Thomas Anderson : la solitude. Cette solitude est constamment présente dans le film : le personnage interprété par Day-Lewis est froid, distant vis-à-vis des personnes hors de son entourage. On le voit notamment dans sa manière de parler et de se comporter avec Alma, ne lui accordant la moindre importance que lorsqu’il s’agit d’essayer des robes. Il n’est compris que par sa soeur, Cyril, qui vit avec lui partageant les mêmes goûts et les mêmes obsessions (dont notamment celui du silence dans une scène géniale avec une biscotte !)

Alma, quant à elle, est un personnage auquel le spectateur peut facilement s’identifier car, comme lui, elle découvre le monde de la couture et la haute noblesse de l’époque avec un regard contrasté. Elle est à la fois émerveillée par ce nouveau monde et cette nouvelle vie qui s’offrent à elle, mais elle est également triste de constater que l’homme qu’elle aime ne lui accorde que peu d’importance.  Pourtant, et c’est là où tout le génie de Daniel Day-Lewis fait son oeuvre, le personnage de Reynolds, malgré ses vices, est très touchant et le spectateur se prend d’affection pour lui. Cet homme obnubilé par son travail tombe soudainement amoureux d’Alma et ne sait pas comment exprimer ses sentiments envers elle.

Et c’est à ce moment-là que Paul Thomas Anderson décide de jouer avec le public, ne dévoilant que quelques rares moments de bonheur entre les deux amants pour retomber ensuite dans un rythme plus lent empreint de tensions, ce qui suscite énormément de frustration chez le spectateur. Mais grâce à ces scènes, le dénouement n’en sera que plus beau.

Paul Thomas Anderson : un cinéaste virtuose

Autre élément notable du film mais propre au cinéma de Paul Thomas Anderson : la beauté des plans, et une photographie quais-irréprochable. Ce n’est sans doute par pour rien que pour la première fois dans sa filmographie PTA occupe le poste de chef opérateur. Cette précision et cette justesse dans les plans rappelle sans nul doute le cinéma de Stanley Kubrick, virtuose perfectionniste qui impressionnait tant par sa personnalité que par la perfection de ses plans.

Et dans Phantom Thread, chaque plan semble travaillé au millimètre près et en accord avec les personnages. Par exemple, le personnage campé par Day-Lewis est un homme « d’intérieur » qui ne se sent à l’aise que dans des pièces exigus et dépeuplées. Anderson va alors illuminer ces endroits par des lumières chaudes pour que le spectateur ressente le confort du personnage. A contrario, les scènes d’extérieures paraissent froides, obscures ce qui correspond au caractère de Woodcock qui déteste être en dehors de son foyer. Mais qu’importe ! Paul Thomas Anderson sait tout filmer partout où il décide de poser sa caméra. Ainsi le film regorge de plans magnifiques qui s’apparentent à des tableaux (notamment le plan au ski ou encore celui de la fête du nouvel an). 

Autre élément important du film, la musique. Présente partout, dans presque toutes les scènes, elle s’invite comme un personnage à part entière rythmant le film et les situations.

Avec Phantom Thread, Paul Thomas Anderson s’affranchit désormais de ce qui a fait sa force par le passé (des long plans-séquences, un casting all-star…) pour aboutir à un film naturel, un beau film, un grand film !

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