Critique cinéma : Le film culte « C’est arrivé près de chez vous »

Critique cinéma : Le film culte « C’est arrivé près de chez vous »

15 juin 2020 0 Par Victor Roussel
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En 1992 sortait dans les salles “C’est arrivé près de chez vous”, ovni du cinéma belge réalisé par trois inconnus: Rémi Belvaux, André Bonzel et Benoit Poelvoorde. S’agissant au départ d’une simple parodie d’émission télévisuelle, ce film va réussir au fil du temps à s’inscrire comme une oeuvre culte dans le cinéma moderne. Retour sur ce film qui a marqué toute une génération.

L’histoire et sa genèse

Le film est construit sous la forme d’un faux documentaire où une équipe de journalistes suivent le quotidien de Benoît, un tueur, qui s’attaque particulièrement aux retraités et aux classes moyennes. D’abord neutres, les journalistes vont petit à petit participer aux crimes de Benoît…Parodiant la célèbre émission belge Strip-tease, le réalisateur Rémi Delvaux se réapproprie les codes de ce divertissement pour créer une oeuvre sombre mais comique à la fois. S’agissant originellement de son projet de fin d’études à l’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle et des techniques de diffusion (INSAS), école bruxelloise de cinéma, Delvaux a réadapté son film pour qu’il sorte sur grand écran.

Benoit Poelvoorde, André Bonzel et Remy Delvaux: les trois réalisateurs du film

Et dès sa projection lors du festival de Cannes 1992, le succès du film explose littéralement et tout le monde se bouscule pour espérer voir ce film amateur tourné en 16 mm et en noir et blanc. D’ailleurs, personne ne se souvient de la palme d’or de l’époque (“Les meilleures intentions” de Bille August) mais “C’est arrivé près de chez vous” reste gravé dans toutes les mémoires comme le premier film d’un jeune inconnu, Quentin Tarantino avec son “Reservoir Dogs”. Alors comment expliquer les raisons d’un tel succès ? Retour sur quelques points importants du film…

Benoît avant Poelvoorde

Le comédien belge campe ici un personnage assez atypique et qui va constituer la pierre de lance de son identité cinématographique. En effet, il incarne dans ce film un tueur complètement à contre-courant de l’archétype même du meurtrier que l’on se préfigure dans les films de thriller.

Ici le personnage de Benoît présente plusieurs facettes: il apparait au spectateur comme quelqu’un de cultivé, notamment sur l’art et le cinéma ( “Ça ne vous rappelle rien ? Philippe Noiret, le vieux fusil…. bon film ça ! Il a un peu grossi Philippe Noiret ces derniers temps” juste après avoir assassiné un couple) ou encore sur l’architecture où il cite Franck Lloyd Wright pour déplorer les logements sociaux qu’il voit tout les jours.

Et à cela s’oppose une autre facette de ce personnage: un tueur froid, sanguinaire, qui n’éprouve aucun état d’âme à tuer; pour lui c’est un métier comme un autre. Et c’est par cette polarité de caractères que le personnage interprété par Benoit Poelvoorde devient culte lui aussi !

L'Architecture d'Aujourd'hui | cinemab | L'Architecture d'Aujourd'hui
Benoît Poelvoorde campe un personnage haut en couleurs donnant des leçons d’urbanisme

Un film à l’humour noir corrosif

Si ce film demeure culte 25 ans après c’est notamment par sa subversivité. En effet, beaucoup de scènes affichent une situation dérangeante voire crue pour le spectateur, notamment la scène du viol où même les journalistes y participent tout en chantant un air gai (faisant un clin d’oeil évident à une autre oeuvre subversive, “Orange Mécanique” de Stanley Kubrick).

De plus, ce film n’hésite pas à jouer sur des évènements tragiques notamment lors de la scène du “Petit Grégory” où le personnage principal montre le cocktail qu’il a inventé “Une larme de gin, puis une rivière de tonic puis ajouter “la p’tite victime”: une olive attachée par une ficelle à un morceau de sucre”. Le sucre se dissout alors progressivement dans l’alcool, laissant au bout d’un temps plus ou moins long l’olive remonter à la surface. Le premier chez qui l’olive remonte à la surface a perdu : il doit payer l’addition. Ce cocktail fait référence à l’affaire Grégory du nom d’un enfant de 4 ans retrouvé ligoté dans une rivière des Vosges en 1984.

Alerte film culte : "C'est arrivé près de chez vous" ce soir à BOZAR
La recette du Petit Gregory : « Une larme de gin, une rivière de Tonic et la p’tite victime, une olive attachée à un morceau de sucre. »

Ce qui rend le film si spécial aujourd’hui encore, c’est sans doute par l’incapacité de réaliser une telle oeuvre aujourd’hui tant les messages qu’elle véhicule sont controversés: apologie du crime, viol collectif ou encore racisme (s’agissant d’une personne de couleur qu’il vient de tuer: “moi je n’y touche pas ! Pourquoi ? Le sida ! Les singes verts” ou encore “les noirs ont quelque chose avec les animaux que les blancs n’ont pas” ). Mais malgré cette omniprésence d’humour noir il n’en demeure pas moins que “C’est arrivé près de chez vous” est rempli de petites trouvailles comme par exemple lorsque Benoit s’adresse à la caméra mais on n’entend pas le son car le perchiste est à un autre endroit et réciproquement on entend un son différent de ce que l’on voit à l’écran.

Presque 30 ans après sa sortie, le film a toujours le même impact auprès des spectateurs et au fil du temps il a acquit la stature d’un véritable film culte !

Victor Roussel

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