Cinespaña : Douleur et Gloire (Dolor y Gloria), Pedro Almodóvar

Cinespaña : Douleur et Gloire (Dolor y Gloria), Pedro Almodóvar

26 octobre 2019 0 Par Manon Filipozzi

Le temps d’une semaine, la ville rose a accueilli l’Espagne en Occitanie. Du 4 au 13 octobre, le festival Cinespaña (https://www.cinespagnol.com) a rythmé la vie des Toulousains. Nombreux ont été les spectateurs passionnés, désireuse et intéressés qui ont poussé les portes de la cinémathèque. Ils ont découvert une large sélection de films (Longs et Courts-Métrages, films d’animations et documentaires) soigneusement choisis. Mais Cinespaña c’est aussi aller à la rencontre des auteurs et des réalisateurs autour de ciné-débats. Cette vingt-quatrième édition, nous a permis de nous plonger dans l’univers hispanique. Le 6 octobre, nous avons eu la chance de découvrir le tout dernier film du grand et audacieux, Pedro Almodóvar : Douleur et Gloire (2019). Durant le festival, les projections de ses films ont été nombreuses. On pouvait assister aux séances de son tout premier film “Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón” (1980). 

Synopsis

Salvador Mallo est un cinéaste espagnol à succès. Il est cependant en panne d’inspiration, déprimé par son quotidien. Ne réalisant plus de films. Il souffre de la vie en générale. Mais alors qu’il est convié à la projection de son film réalisé 32 ans auparavant. Il va retrouver, Alberto Crespo, l’acteur principal de son long-métrage. Depuis le tournage, Il entretient avec lui une très mauvaise relation. À travers, le scénario, Salvador va sur son chemin tenter de se réconcilier avec son passé. Il va faire l’objet de nombreuses retrouvailles, parfois par les souvenirs, d’autres par le présent. Ce dernier se remémore ses premiers émois sensuels, ses premières passions, son enfance avec sa mère dans la province de Valence et aussi ses amitiés passées et à venir. Une auto-fiction du réalisateur, Pedro Almodóvar.

À la découverte d‘un nouveau Pedro Almodóvar : « Un film très personnel »

Bien loin du style « osé » cinématographique auquel Almodóvar nous avait habitué. C’est un film relativement calme qu’il nous présente. Les événements ne se bousculent pas. On est seulement balancés dans une variété d’émotions : il nous transporte entre ironie, jouissance, mélancolie et tristesse. En effet, c’est un film d’une douceur telle que l’histoire émet bouleversement et compassion.

On retrouve quand même l’univers artistique du réalisateur : des images et des décors aux couleurs vives et exubérantes. Principalement, dans l’appartement dans lequel vit Salvador : Il y a de nombreuses oeuvres d’art. Cependant, dans cet endroit très représentatif de la réalité. Son personnage se trouve dans une période de depression. Peut être, pourrait-on dire qu’il est prisonnier de son univers, prisonnier de son art.

Tout d’abord, il y a deux phases dans ce film vers le chemin de la réconciliation. D’une part, Salvador Mallo vit une période de dépression, en perte de motivation. Il n’arrive guère à se rattacher à quoi que ce soit. C’est d’ailleurs, avec les retrouvailles de Alberto Crespo qu’il va faire l’expérience de la drogue. Il va prendre une dose d’héroïne et en devient immédiatement dépendant. D’une autres part, lors de sa rencontre par hasard, avec son premier amour, il reprend confiance en lui et essaye de tourner la page. Puis d’avancer enfin. Il a comme un élan de renouveau. Comme si il avait trouvé l’élément déclencheur qu’il le faisait revenir à la réalité. Il s’agit de l’un des moments les plus touchants et bouleversants du film.

Par ailleurs, il va faire ce long chemin introspectif vers la réconciliation. Notamment avec son enfance et son enseignement religieux (de nombreux flashbacks nous y renvoient). Ainsi, il passe par la phase des années soixante avec une mère qui lui apprend la vie à une mère sur le point de mourir. Une relation avec sa mère probablement representative de celle que Almodóvar entretenait avec la sienne, décédée quelques temps auparavant. Autant dire que son éducation a construit ce qu’il est aujourd’hui.

Une mise en abîme

Également, il est difficile de ne pas trouver en son personnage un double avec lui même. Il vit dans un atmosphère qui mélange passion pour le cinéma et intimisme avec sa vie privée. En effet, son personnage fictif est un réalisateur attaché à son travail. Il ne peut s’en défaire. D’où le fait que ses émotions s’entremêlent et affectent tant son environnement personnel que professionnel.

De plus, on comprend que l’on se trouve dans le monde de Almodovar car il met en avant un de ses films : “La ley del deseo”(1987). Un film qui parle principalement de la découverte des désirs passionnels, sensuels ainsi que charnels. Et notamment dans lequel il portrait son homosexualité. En l’occurence, dans Douleur et Gloire, on assiste à une scène qui montre cette idée de premier désir.

Le choix du casting : Antonio Banderas et Penélope Cruz

« Je suis un peu lui, mais pas tout à fait (…). Certaines choses sont vraies, d’autres sont totalement fictives. »

Antonio Banderas, dans une interview de 20minutes, donnée le 16.05.2019

Almodóvar choisit pour son casting les deux vedettes, Antonio Banderas et Penélope Cruz, qu’il a déjà mit en lumière dans ses films.

Effectivement, Banderas, très familier des films du cinéaste va une huitième fois prendre place sur l’un de ses scénarios. Pour cette fois, l’acteur va incarner le personnage de son metteur en scène. Antonio Banderas joue le rôle du double de Pedro dans une histoire qui mêle fiction et réalité. L’aspect esthétique est un petit détail, mais l’acteur ressemble particulièrement à son réalisateur dans sa jeunesse.

Penélope Cruz, quand à elle, est depuis longtemps considérée par le réalisateur comme étant l’une de ses muses. Elle incarne le rôle de la mère de Almodóvar, une femme à la fois sévère et aimante. Un rôle des plus important pour l’histoire du film mais aussi pour la propre relation mère-fils du cinéaste.

Pedro Almodóvar, un réalisateur qui ose

Depuis les années 90, Almodóvar se joint au phénomène de la vague cinéaste espagnole : la movida. Il en devient un réalisateur emblématique. La movida (ou la movida madriñela) est un mouvement libérateur d’art culturel et de création qui agite l’Espagne après la mort de Franco (1975). L’idée même de ce mouvement est le renouveau. Cette tendance va casser certains codes sociétales (compliqué pour une Espagne très conservatrice). Mais avant tout de moderniser l’Espagne, et de prétendre à un régime démocratique.

Almodovar, un cinéaste plus choquant que moralisateur ? Peut-on parler d’un réalisateur engagé ?

Une question qui émet des hypothèses. Almodóvar va par ses films mettre en avant certains sujets tabous de la société. Jamais diffusés dans une Espagne jusque là propagandiste (avant 1980). Il veut choquer son audience, par la religion, par l’homophobie, par la drogue. À travers ses films, Pedro Almodóvar affirme son homosexualité. Il accentue des situations osées pour l’époque : telles que l’obsession sexuelle avec la passion charnelle, le travestissement, la violence sexuelle dont le viol ou l’inceste…ect

Pour répondre à cette interrogation, il peut paraître comme un réalisateur engagé dans le sens qu’il diffuse pour la toute première fois à l’écran une jeunesse espagnole qui se cherche, mais davantage provocatrice. Toutefois, il peut se vouloir être seulement choquant et ne démontrer aucune volonté propre de morale ou d’engagement.