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Cinespaña 2020 : Josep, sur les traces de la retirada

En cette année particulièrement touchée par le contexte sanitaire, le festival culturel espagnol s’est déroulé du 2 au 11 octobre 2020 à l’instar des années précédentes. Ainsi, notre équipe de rédaction a pu participer à plusieurs séances de films, dont celui d’Aurel : « Josep« . 

Le film du grand dessinateur français, Aurel, a fait guise d’ouverture pour Cinespana. Un film d’animation pédagogique et didactique qui permet aux petits comme aux grands de revenir sur l’histoire de l’Espagne au temps de Franco.

Synopsis

En février 1939, fuyant par milliers la dictature de Franco, les républicains espagnols, dont Josep Bartoli quittent leur pays natal afin de rejoindre la France. Arrivés sur place, ils sont installés dans des camps insalubres. Toutefois, Josep fait la rencontre d’un gendarme français, Serge avec qui il se lie d’amitié. Ainsi, muni de papier et d’un crayon, il débute ses esquisses et croquis. En ce sens, il va illustrer sa vie en tant que réfugié dans les divers camps français, de Collioure à Agde. Mais aussi, son arrivée au Mexique, où il entretiendra une relation intime avec Frida Kahlo.

Traitant du même thème, Cinespana a diffusé au cours du festival, Lettre à Franco, sortie en janvier 2020 !

Josep : un film d’animation espagnol sur l’histoire et la mémoire

Josep est un film d’animation biographique relatant la vie du dessinateur et caricaturiste espagnol, Josep Bartoli. Depuis 1936, les républicains espagnols luttent contre l’avancée du régime autoritaire du général Franco. Dans ce contexte fragile, le personnage s’engage dans la politique en intégrant le Parti communiste Catalan et le Parti ouvrier d’unification marxiste. L’histoire évolue sur trois grandes phases périodiques racontée par Serge, le gendarme français à son petit-fils. Tout d’abord, il y a la période de la chute de Barcelone qui conduit à la retirada (1939). Puis, il y a celle dans les camps de concentration en France. Enfin celle de son exil en Amérique, Mexique et États-Unis.

De plus, la place du métier de dessinateur est omniprésente dans le film. En fait, tout commence avec le livre de croquis réalisé par le petit-fils de Serge qui lui fait rappel de souvenirs. Il y a ainsi une parfaite mise en abîme qui y est faite. Le spectateur y voit un jeu d’animation autour du dessin car le récit est bercé par les dessins des deux graphistes, Josep et Aurel.

Diffusé en salle de cinéma depuis le 30 septembre dernier, le film d’animation de 1h15 est à regarder avec attention et réflexion. Cet art de réflexion interroge l’audience sur l’interprétation de chaque illustration. C’est la lumière qui est le principal atout de l’animé tant elle pointe les actions mises en avant par volonté.

La « retraite » et le contexte politique Franquiste

Les exilés espagnols républicains rejoignant le Sud-Ouest de la France, par FranceCulture.fr

La retirada communément appelée telle quelle en espagnol est une période sombre pour l’histoire du pays. Franco est victorieux ce qui entraîne la chute de la seconde République espagnole. L’an dernier, on commémorait les 80 ans de cet exode. Alors, de quoi doit-on se rappeler ?

Au coeur de l’hiver 1939, environ 500 000 exilés espagnols laissent derrière eux leur maison pour franchir les frontières françaises en passant par les Pyrénées-Orientales. D’une durée de voyage de quinze jours, femmes, enfants et hommes vont braver le froid pour fuir les franquistes. Pour la plupart, l’au delà des montagnes est signe de « liberté et paix« , cependant c’est la désillusion à leur arrivée. Effectivement, la France ouvre des camps dits dans le film « camp de concentration » dans lesquels sont accueillis des milliers d’espagnols, dans des conditions aléatoires. Ces derniers vont vivre de manière inconsidérée, seulement jugés par leur statut de réfugié politique. Ils connaissent alors le froid, la boue et les barbelés et font face à de mauvais traitements (malnutrition).

Auparavant, en 1938, le gouvernement français avait renforcé sur le territoire sa politique de surveillance pour tous les étrangers exilés. Dès lors, les réfugiés espagnols (communistes, anarchistes et républicains) furent autorisés à entrer dans le pays dans la mesure où ils étaient placés dans des camps supervisés par les gardes français et soldats coloniaux.

Scène du dessin animé, Josep, dans un des camps français, par SudOuest.fr

Dans son film, Aurel cherche à éclaircir un point cruel sur la situation de l’époque. Par ses dessins, l’auteur représente la barbarie quotidienne des exilés dans les camps qui, ayant fuit la violence franquiste sont confrontés à nouveau à la cruauté humaine. Il met en avant les hostilités morales et physiques : les discriminations raciales, les viols et la torture que les républicains ont subi des gendarmes français. Une façon d’abaisser l’image de l’État français. Parallèlement, Aurel tend à montrer qu’il est toutefois difficile de désobéir à l’ordre. Par exemple, le personnage de Serge est un anti-héro dans le film. Il va secrètement venir en aide à Josep, avec ses propres moyens, tout en étant soumis à des règles strictes. Puis, il s’engagera par la suite dans la résistance.


Écrit par Manon Filipozzi

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