carrie, "ma vie"

Carrie, Lettre VII, « Ma vie », 1991

Ma vue se troublait, j’avais la tête qui tournait. Je ne pouvais cerner la silhouette de l’homme qui se tenait en face de moi. Des gouttes de sueur coulaient le long de mon front tandis que l’homme libérait mes bras des cordes qui m’emprisonnaient. Voulait-il me sauver ? Ou me torturer jusqu’à que mort s’en suive ? Impossible de me repérer dans la pièce. Je décidai de courir vers la porte par laquelle j’étais entrée pour m’enfuir dès qu’il m’aurait détachée. Plus facile à dire qu’à faire puisque sous drogue, il est difficile de trouver l’équilibre et de se repérer dans l’espace. En effet, je commençai à courir le plus vite possible et je m’effondrai à quelques mètres de la porte. En pleurs, je rampai sur le sol, tendant la main vers la poignée de la porte, pour atteindre la sortie. Je donnais les seules forces que me laissait encore la substance que l’homme m’avait injecté dans le sang. Je rampais, rampais, mais il était déjà là, devant moi, pour stopper ma fuite. Il s’accroupit et dit :

– “Tu ne me fais donc pas confiance ? C’est bien ce que je craignais. Je reviendrai demain.”

Et il sortit, me laissant seule, pleurant toutes les larmes de mon corps. Lorsqu’il referma la porte derrière lui, un garde ouvrit la porte, me prit dans ses bras et me ramena dans ma cellule. Je me couchai dans mon lit et restai des heures, en agonie, ne pensant à rien, seulement à survivre dans cet enfer. Et la nuit arriva, je rédigeai encore, les événements qui construisaient ma malheureuse vie, dans ces lettres qui sont devenues mes seules confidentes. Puis je m’assoupis.

Lorsque je me réveillai, il était là. Cet homme qui m’avait drogué la veille. Il me regardait, derrière les barreaux, attendant que je me réveille pour “me sortir d’ici”. On ouvrit la cellule et se précipita sur moi. Qui était-il ? Il m’attrapa avec l’aide d’un garde tandis que j’essayais de les repousser tant bien que mal. Mais je fus vite sous leur emprise et leur jeu recommença… Encore un sac sur la tête et me revoilà amenée je ne sais où. Il m’assit et m’attacha les bras une fois de plus. J’étais dans la même pièce que la veille… Le garde sortit et me laissa seule avec cet étrange homme. Tentait-il à nouveau ce qu’il avait commencé à entreprendre la veille ? En effet, puisque je l’entendis manipuler des objets sur la table qui se trouvait sur ma droite. Je n’eus même pas le temps de crier ni de me débattre qu’il m’avait déjà injecté un produit dans les veines. Une fois de plus ma vision se troubla. Le même cinéma recommençait…

C’est alors que je pris quelques instants pour me remémorer la situation dans laquelle j’étais après l’accident et me comprendre comment mes pouvoirs étaient apparus. Mais les avais-je encore ? Ma famille venait de perdre la vie, je n’avais nul part où aller, et j’étais vouée à un monde dépourvu de sens. J’avais déjà passé une nuit sous les étoiles, j’avais froid et je ne savais plus où tourner la tête. J’étais perdue. L’homme qui était au volant de la voiture qui nous a percutées. Cet… Homme ! Un père de famille, citoyen de “Burst Town”, sans envie de meurtre ? Qui est-il ? La figure droite, les cheveux bruns et courts, avec des lunettes… Cet homme qui est en face de moi, qui m’injecte du produit dans les veines, une cicatrice sur la joue gauche… Il se ressemblait étrangement au conducteur de la voiture ! Mais… C’est lui !! Après l’accident, ma colère était telle que je ne me fiais plus aux choses qui m’entouraient et j’allais droit, la tête baissée, ne pensant à rien. Comment reproduire cet effet-là ? Il était en face de moi, si seulement mes pouvoirs pouvaient émerger en moi…!

Apprendre que depuis un jour, l’homme que je recherche depuis que ma vie à perdu tout sens, cet homme me manipule créa une colère inouïe en moi. Mon cœur battait de plus en plus vite, il me regardait, le sourire aux lèvres, mes poings se serraient, je criai intérieurement. Les cordes qui me retenaient à la chaise prirent feu et une force prit possession de mon corps. Une force qui me délivra en un rien de temps de la chaise et me fit décoller les pieds de terre. Pris de peur, l’homme s’enfuit, criant : “ C’est une sorcière ! “. Des gardes essayèrent de rentrer dans la pièce tandis que d’un geste, je claquai la porte. Je me sentais enfin libérée de leur emprise ! Ou au moins, pendant un moment où personne n’avait aucun pouvoir sur moi.

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