carrie, "ma vie"

Carrie, Lettre VI, « Ma vie », 1991

Une ignoble puanteur envahissait peu à peu les couloirs de la prison, les détenus disparaissaient encore, jusqu’à ce que mon tour vienne. Où étaient-ils passés ? Est-ce le nouveau Bourreau qui leur a enlevé la vie ? Est-ce la chaise électrique ?

Alors que je commençais à écrire sur ces feuilles de papier, ces lettres que vous lisez en ce moment, un garde vint près de ma cellule. Je cachai rapidement mes écrits sous l’oreiller posé sur un semblant de matelas, à même le sol, qui me servait de lit. Le garde ouvrit la cellule et me fit signe de sortir. Alors sans un mot, je me levai et sortais dans le calme. J’avais compris pourquoi on me faisait sortir. Comme habituellement, je me dirigeai vers le couloir droit de la prison. Mais le garde m’arrêta et me dit :

– “Par ici”

Tandis que j’avançais lentement dans le couloir, je posais les yeux sur quelques hommes et femmes, à gauche, à droite, qui étaient en piteux état. Ils me suivaient des yeux, aucune émotion ne se lisait sur leur visage. Les ampoules au plafond clignotent, les murs sont froids, mes mains tremblent… Le couloir est si long ! Où est-ce qu’on m’amenait ?

Au bout du couloir, deux gardent se tenaient, armes en mains. Alors que je m’arrêtai devant la porte, un des gardes donna quelque chose au garde derrière moi. Je regardai le sol pour éviter de voir toutes horreurs peut-être cachées derrière cette porte. Le garde dans mon dos me mit un sac sur la tête. Je pris soudainement peur ! J’essayai de me débattre autant que je le pouvais, mais en vain. Je pris une grande inspiration et la porte s’ouvrit.

Un garde m’entraîna dans la pièce. Où étais-je ? Je redoutais que l’on m’attache sur une chaise. J’avançais encore, suivie du garde jusqu’à ce qu’il m’arrête. Il me tourna et me poussa violemment. Je tombai. Je tâtais autour de moi, pour essayer de savoir si j’étais tombée sur le sol ou bien assise sur quelque chose. En cherchant le moindre indice autour de moi, mes mains se posèrent sur… Des accoudoirs ? Des frissons montaient soudainement en moi et je restais figée. Des pas s’approchaient de moi, des pas lents et lourds. Et s’arrêtèrent subitement.

– “Bonjour Carrie, comment vas-tu ? N’aie pas peur, je ne te veux aucun mal.” Dit-il.

Le garde sortit et ferma la porte derrière lui.

– “J’ai le pouvoir de te faire sortir d’ici. C’est bien ce que tu souhaites ?” Ajouta-t-il.

Je répondis oui timidement, mais soucieusement.

– “Bien. Je vais alors devoir procéder à quelques tests pour être certain que tu ne contamines personne, une fois sortie d’ici”.

Mon cas était désespéré. Je ne lui faisais absolument pas confiance, mais je me laissai faire en espérant enfin tomber sur une personne d’honnête. Mais j’avais toujours ce sac sur la tête qui m’empêchait de voir ce qu’il préparait. Il commença par attacher mes mains sur les accoudoirs de la chaise et s’éloigna. Mon cœur et mon souffle s’accéléraient.

Il revint vers moi, me prit le bras et m’enfonçait une aiguille dans le bras gauche. Je hurlai. Il se précipita et m’en fit une deuxième sur le bras droit. Je sentais le liquide couler dans mon sang et je commençai à me sentir mal. Il posa son aiguille sur une table non loin de moi, se rapprocha de moi et resta immobile quelques instants. Attendait-il que le produit fasse plus ample effet ? Au bout de quelques minutes, il m’enleva le sac.

Laisser un commentaire