carrie, "ma vie"

Carrie, Lettre V, « Ma vie », 1991

Qui aurait cru que ma vie tournerait au cauchemar ? Nous arrivons en 1991 tandis que je croupis toujours dans un milieu froid, humide et coupé du monde. Seul l’horizon de l’océan m’aide à oublier la situation dans laquelle je suis et me permet de rêver. Le ciel est bleu, le soleil se lève à l’autre bout du monde. J’espère un jour pouvoir retrouver une vie décente. L’obscurité de la nuit vient assombrir un peu plus la grotte. J’ai la peau sur les os, mon visage est marqué par la solitude, la faim et la fatigue. Je frissonne.

Une fois le soleil disparu et comme tous les soirs, les gardes de l’île commencent leur ronde. C’est alors le moment où aucun son ne doit émaner de la grotte. J’entends leurs voitures s’arrêter puis repartir, tandis que les gardes chuchotent pour se faire discrets. Ce n’est qu’entre six et sept heures du matin que je sais qu’aucun garde n’est dans les parages et que je peux aller chercher un peu de lumière en descendant sur la plage. La nuit fut identique aux précédentes.

L’aube me donne espoir d’une nouvelle vie, d’un renouveau. Les rayons de soleil m’éblouissent tandis que je m’apprête à descendre sur la plage. Toujours personne ne s’y trouve. J’espère un jour pouvoir trouver quelqu’un comme moi, qui essaierait de subsister face au despotisme qui règne sur l’île. Mais est ce que quelqu’un aurait le courage de me regarder en face ? Je les effraierais certainement. Arrivée sur la plage, je déposai mon semblant d’habit sur un rocher et rentrai dans l’eau fraîche. Je restai une heure à rêvasser dans dans l’eau, les yeux tournés vers le ciel, avant de remettre mes habits et remonter dans la grotte. Où suis-je ? Où se trouve cette île ?

Ces questions me revenaient sans cesse en tête et je ne pus jamais y répondre. Alors que je me questionnais, j’entendis des voix sur la plage. Je me dépêchai de remonter la falaise lorsque je trébuchai sur un rocher. Les hommes accoururent vers moi et m’attrapèrent. Ils me mirent un sac sur la tête me jetèrent dans le coffre de leur voiture. J’éclatai en sanglots et redoutai l’asile dans lequel j’étais il y a quelques mois de cela. Le trajet fut court et on m’attachait, les mains dans le dos, sur une chaise. Serait-ce la chaise électrique ? J’avais toujours le sac sur la tête. La pièce dans laquelle j’étais attachée sentait l’odeur d’un corps en décomposition. J’essayai de me défaire de la corde qui me tenait à la chaise lorsque j’entendis quelqu’un entrer dans la pièce. Il parlait fort :

– « Tu croyais pouvoir nous échapper ? Ici, personne ne m’échappe ! Toutes les personnes qui ont mis les pieds sur mes terres ne sont jamais reparties ! »

– « Je ne sais pas qui vous êtes ni ce que vous attendez de moi. Mais sachez que je regrette tout ce que j’ai fait et j’aimerais repartir de zéro. » répondais-je

– « Il est trop tard pour te plaindre. Tout ce que tu as gagné est une semaine de torture. Et tous les coups seront permis à notre nouveau bourreau ! » répliquait-il.

Je hurlai, priai cet homme pour obtenir un adoucissement du supplice qui m’était réservé. Mais je ne pus rien faire car il repartit, fermant la porte derrière lui. Quelqu’un me porta un coup à la tête qui m’assomma. A mon réveil, je revis la cellule dans laquelle j’étais quand je suis arrivée sur l’île, en enfer … Fred n’était plus là.

– Je criai alors : « Où est Fred ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ? »

Le garde qui rodait dans le couloir s’approcha de ma cellule et me répondit :

– « Tu ne t’en souviens plus, sorcière ? » Sa question me plongea dans une profonde amertume. « Il est mort ! »

Ces mois entiers à vivre dans une grotte, sans nourriture saine, m’avaient fait perdre la tête. Je m’en souviens maintenant. L’amertume que je ressentais arriva à son summum lorsque le garde s’éloigna, riant de moi. Je me jetai sur les barreaux de la cellule, traitant le garde de tout. C’est à cet instant que j’aurais aimé que mes pouvoirs se manifestent pour pouvoir lui faire payer le fait de s’être moqué de moi. Mais rien ne vînt. Ici, tout le monde se croient supérieurs aux détenus et les traitent comme des animaux. Pourtant, aucun de ces détenus ne se révolte. Pourquoi ? Pensent-ils qu’ils n’ont aucun moyen de s’échapper ? Peut-être … Je relâchai les barreaux que je serai fort dans mes mains et j’allai m’asseoir dans un coin de la cellule. Les jours passèrent. Les détenus disparaissaient tandis que d’autres les remplaçaient. Et moi j’étais toujours là.

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