carrie, "ma vie"

Carrie, Lettre IV, « Ma vie” , 1990

La nuit passa péniblement. Lorsque je me réveillai, Fred était toujours là, éveillé, dans l’ombre du coin de la cellule. Quelques heures passèrent jusqu’à l’heure du déjeuner sonnée les coups de l’arme des gardes contre les barreaux des cellules. Nous avons été conduits les uns derrière les autres jusqu’à la salle de déjeuner pour détenus afin de manger. Nous n’avions pas le choix du repas, de la bouillie gélatineuse servie dans une assiette en plastique. Je ne pus avaler une seule bouchée de cette nourriture qui m’était incomestible.

Je décidai de sortir respirer de l’air pur que je n’en avais pas respiré depuis un jour déjà. Je vis des patients enchaînés par les pieds, d’autres par les mains, qui faisaient du travail manuel ou parlaient seuls. Tout à coup je vis un homme suivi de près par des gardes. Je les vis s’approcher d’un homme qui travaillait dans l’asile. Cet homme me montra du bout du doigt. L’homme qui venait d’entrer était habillé d’une blouse blanche, le regard droit, ses cheveux bruns pendaient de chaque côté de sa figure. Il s’avança vers moi et se présenta :

– « Je suis le docteur Healer, je suis ici pour vous examiner et vous soigner : “J’ai ici un traitement qui vous guérira ».

Je répondis : « Je ne veux rien, allez-vous en ! ».

Ma colère se déclencha lorsque je vis Fred entraîné par Le Boucher vers un petit bâtiment séparé de l’asile. Serait-ce la soit disant salle de torture ? Nous étions pourtant pas lundi. Je pouvais lire sur les lèvres de Fred :

– « Vas-t’en, temps que tu ne le peux ».

Je regardai le Dr.Healer, je me levai et je lui demandai bien en face :

– « Que vont-ils lui faire ? Si vous ne me répondez pas je fais sauter tout le monde ! ».

Il me répondit d’un ton calme qui me mit hors de moi: « Rien de bien grave, il ne souffrira pas ».

Je courus sur le lieu où se trouvait Fred. Les gardes me suivirent tous, un seul rentrait dans l’asile sonner l’alarme. C’était le moment où jamais, il fallait que je sorte d’ici. Je fis exploser la porte et je vis Fred pendu dans le coin de la pièce presque vide. Seul Le Boucher assis sur une chaise avec devant lui des instruments de torture posés sur une table se trouvaient dans la pièce. Je hurlai. Le Boucher, un homme chauve d’une très forte corpulence serrée par des chaînes, se jeta sur moi. Je pris possession de son corps et je pus le soulever et l’étrangler sans même le toucher. Je fis transpercer quelques couteaux dans l’estomac du Boucher qui tomba sur le sol. Je courus détacher Fred mais il était trop tard, sa vie avait été déjà enlevée.

Je versai une larme avant de m’échapper par la fenêtre qui donnait sur l’arrière du bâtiment. Je courus le plus vite que je pus jusqu’au mur qui entourait l’asile. Cependant, celui-ci, était surmonté de barbelés, ce qui rendait ma fuite moins simple. Comment vais-je faire ? Je dus contourner le mur pour espérer trouver une sortie. Mais les gardes étaient partout, tous criaient et me recherchaient.

Je vis tout à coup une voiture attachée à une remorque qui s’apprêtait à sortir. Je m’approchai lentement et discrètement du véhicule en faisant attention qu’aucun garde ne me voit. Mais il était trop exposé aux yeux des gardes. Je retournai dans la salle de torture où Fred devait toujours s’y trouver. Je passai une fois de plus par la fenêtre de derrière. Heureusement, il n’y avait personne. Je pris un couteau et me dirigeai vers la fenêtre par laquelle je venais d’entrer, jusqu’à ce que j’entende un homme marcher. Mon coeur se mit à battre. Je passai un œil par la fenêtre et je le vis tourné, dos à moi. Je me lançai sur lui et lui plantai le couteau dans le dos. Son sang se répandait sur le sol.

Une vision me parut soudainement : je revis mes parents et mon frère, tous morts autour de moi. Ce moment m’avait totalement traumatisé mais cette mort que je venais de donner à cet homme ne me posait aucun problème. Devenais-je une vraie criminelle ? Je ne m’en préoccupait pas. Que pouvait-il m’arriver maintenant ? Je ne tenais plus beaucoup à ma vie, mes proches étant morts, mes seuls proches qui me tenaient en vie. Je tuai quelques gardes discrètement par derrière et j’arrivai enfin à quelques mètres de la voiture. La voiture démarra. D’autres gardes se trouvaient là, je ne pouvais pas partir sans qu’ils ne me voient. Je pris le risque et sautai dans la remorque au départ de la voiture. Tous les gardes criaient :

– « Elle est ici ! Attrapez la ! ».

Je me couchai dans la remorque afin d’éviter d’être blessée par leurs balles. Ce fut la première fois que je voyais les alentours de l’asile. « Où étais-je ? ». Je pouvais voir les horizons : l’asile où je me trouvais était sur une île. Une forêt sombre peuplait l’île autour de l’asile. Le temps était magnifique, le soleil brillait, aucun nuage dans le ciel, les vagues venaient s’écraser contre les rochers ou les falaises à quelques endroits de l’île. Je profitai d’un tournent pour sauter du véhicule en marche et je m’enfonçai dans la forêt. Je courus quelques minutes de tout mon possible, ne regardant pas derrière moi. J’arrivai vite au bout de l’île. Je fus en un rien de temps au bord d’une falaise. J’entendais des cris venant du fond de la forêt. Ils arrivaient. Je sautai. Je restai quelques dizaines de secondes sous l’eau glaciale afin de me cacher. Je pus voir des silhouettes d’hommes, déformées par l’eau, au bord de la falaise. Ils se retirèrent.

Je sortis de l’eau le plus vite possible. Je crachai l’eau qui aurait, en quelques secondes de plus, pu me tuer. Aucunes terres ne se trouvaient à l’horizon. Je scrutai la falaise voir si il me serait possible de remonter ou me poser sur une surface plane. J’aperçus un creux dans la falaise. Je décidai de m’y rendre, mais la falaise était rude. Je montai petit à petit, de rochers et rochers, en passant par les endroits les plus accessibles et demandant le moins d’efforts possible. J’arrivai enfin, à bout de force au niveau de la grotte où je m’y réfugiai.

C’est aujourd’hui le lieu duquel j’écris. Cela fait maintenant vingts jours que je suis ici, cachée, mangeant tout ce que je peux trouver pour me nourrir. Je rêve de retrouver un monde meilleur que celui dans lequel je suis depuis un mois, une île coupée du monde. Je vis malheureusement, à l’âge de dix ans, seule, coupée de toute civilisation. Les jours se ressemblent tous autant les uns que les autres : je pêche, je chasse avec le seul couteau que je possède, je témoigne ma vie sur les parois de la grotte, rêvant un jour retrouver la vie que j’avais avant. Vais-je croupir ici toute ma vie ? Ou réussir à m’échapper un jour ? L’avenir me le dira.

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