carrie, "ma vie"

Carrie, Lettre III, « Ma vie », 1990

Lorsque je repris connaissance, j’étais allongée, ma vue était floue, je ne connaissais point cet endroit. Etais-je dans un hôpital? Autour de moi, des patients me regardaient, assis sur leur lit sans dire un mot. Je commençai à me redresser, tourner la tête afin de mieux voir où je me trouvais. C’était une chambre commune, aucun miroir ne s’y tenait, nous avions tous les pieds enchaînés. Je me sentais faible et fatiguée. Je demandai à mes compagnons de chambre :

– « Où sommes-nous ? ».

Aucun ne répondait. Seul un jeune homme assis dans l’ombre au coin de la pièce me répondit :

– « Ici, nous avons tous quelque chose de particulier. Nous sommes différents des gens qui nous entourent. Nous sommes soignés et surveillés de très près. Nous serons envoyés au tribunal où nous seront jugés lorsque nous serons capables de nous contrôler. Pour le moment, nous ne pouvons pas bouger d’ici. Nous savons tous ici ce que tu as fait à Burst Town ».

Je ne voyais pas son visage, il était habillé de noir de la tête aux pieds, il avait une voix rauque. Je lui répondis :

– « Je ne serai pas jugée, personne ne m’arrêtera ! »

J’essayai de me relever à plusieurs reprises mais je ne pus. Pourquoi ? Quand tout à coup deux hommes armés rentrèrent dans la chambre. Je pris peur. Ils essayèrent de me porter. Je ne pus non plus me débattre. M’avaient-t-ils droguée pour éviter que je ne fasse de dégâts supplémentaires ? Je criai :

– « Vous m’avez droguée, sales chiens ! N’abusez pas de moi ou je vous briserai le cou ! ».

Ils ne répondirent pas. Ils m’amenèrent dans une cellule insalubre. Un de ces hommes me dit :

– “Tu ne bouges pas jusqu’à ton jugement, sorcière !”.

Je m’approchai des barreaux et je vis des hommes pleins de sang, des femmes hurlaient tandis que d’autres restaient calmes. Cette prison enfermait en réalité les malades les plus dangereux du pays et j’en faisais partie. Des dizaines de malades étaient dispersés dans ce couloir, l’atmosphère était presque irrespirable, il y a avait une odeur de pourri. Certains étaient probablement ici depuis un bon moment.

Quelques jours passèrent avant qu’un homme m’ouvrit la cellule et m’emmena dans une salle où se tenaient des hommes armés et un juge. La salle était remplie. Le procès ne dura pas longtemps. De nombreux témoins étaient là pour témoigner en ma défaveur, ce qui accélérait le procès. Le juge frappa avec son marteau pour réclamer du silence et prononça ces mots :

– « Je vous déclare coupable ! Deux options se proposent à vous. C’est la chaise électrique ou l’asile psychiatrique! Nous attendons votre réponse ».

Je devins pâle. J’essayai de rester calme et de ne pas m’affoler. Je n’avais réellement aucune chance de sortir de cet endroit même en utilisant mes pouvoirs. La drogue me rendait faible donc je fus incapable de m’énerver. Je réfléchis quelques instants. Je revins aux évènements passés, cet accident, qui a changé ma vie à jamais, cette perte de contrôle de moi-même lorsque j’ai attaqué les habitants de Burst Town … Je voulais simplement faire payer l’homme qui conduisait la voiture qui nous a percutées. Je ne voulais aucun mal à l’être humain… Je ne voulais pas aggraver mon cas alors je levai la tête, je regardai le juge et je dis :

– « L’asile ».

Le juge fit un signe affirmatif de la tête, frappa à nouveau avec son marteau et annonça la fin du procès. Je ne pus m’empêcher de verser quelques larmes et me rappeler de ma famille que j’aimais tant.

Deux hommes me traînèrent dehors jusqu’à un bâtiment adjacent à la prison où se trouvait l’asile. Il pleuvait. L’asile ressemblait à un château fort avec des remparts et des tours de gardes. Tout autour, se trouvait un mur de plusieurs mètres de haut surmonté de barbelés. Les deux hommes me trainèrent par les bras. Je n’étais pas encore à l’entrée de l’asile que j’entendais déjà des cris de douleurs, des cris de terreur qui s’en réchappaient. Ceci ne me rassurait pas. Ai-je fais le bon choix ? Une fois à l’entrée, les hommes me relevèrent. L’intérieur était vide. Il y avait des couloirs qui partaient de tous les côtés. Il faisait froid, il y avait à peine de lumière. Quand on passait devant une cellule, le malade se jetait sur les barreaux tels un animal. Ils m’enfermèrent dans une cellule où se trouvait déjà un homme.

– « Nous revoici dans la même pièce » dit-il.

Sa voix me disait quelque chose, une voix rauque. Caché dans l’ombre, il pensait. Je lui tendis ma main et dis :

– « Moi c’est Carrie ».

Il releva sa tête et me tendis aussi sa main en indiquant :

– « Enchanté, moi c’est Fred ».

Je m’approchai de lui afin de voir au mieux son visage mais il me repoussa.

– « Pourquoi restes-tu dans l’ombre ? » dis-je.

– « Je ne veux pas t’effrayer » me répondit-il.

– « Regardes moi, une petite fille dans un état comme le mien tu n’en vois sûrement pas tous les jours, c’est plutôt une chose rare. Après ce que j’ai vu et fais, plus rien ne peut m’effrayer »

– « N’ai pas peur je t’en prie … »

Il se décida finalement à sortir de l’ombre. Je pus enfin voir son visage. Je fus dans un premier temps surprise, puis une mon cœur se serra. Il n’avait pas d’œil droit et l’autre était rouge sang. Il avait des dents cassées, les lèvres coupées et sa peau était trouée tel un champ de bataille. Il me raconta que ça faisait trois mois qu’il était ici et chaque lundi de la semaine, un homme appelé « Le Boucher » l’amenait dans une salle où il était enchaîné et torturé durant des heures. Mon cœur se mit à battre car… nous étions samedi. Deux jours encore …

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