Alfons Mucha et l’Art Nouveau

Alfons Mucha et l’Art Nouveau

18 septembre 2019 1 Par Julie Anglade

À l’occasion d’un interrail réalisé en août dernier, deux membres de la rédaction ont pu se rendre dans différents lieux culturels à travers l’Europe. Nous avons alors décidé de vous partager, à raison d’une fois par mois, un de ces lieux.

Lors de notre séjour à Prague (Praha en Tchèque) nous avons pu découvrir le musée Mucha. Dédié à l’affichiste du même nom, il nous a permis de découvrir ce monument du style Art Nouveau.

Alfons Mucha : ses débuts

Tchèque de nationalité, il né en 1860 à Ivančice dans ce qui était encore l’Empire d’Autriche. Enfant, il est remarqué pour ses talents de chanteur ce qui lui permet de poursuivre son éducation à Brno la capitale Morave. Il dessine déjà mais peu de ses oeuvres de jeunesse ont été conservées. En 1878, il candidate à l’École des Beaux Arts de Prague. Sa demande est rejetée. Il se lance donc dans la création de décors de théâtre et travaille principalement pour les compagnies de sa région natale. Le monde du théâtre ne le quittera plus jamais vraiment après ça.

Il émigre à Vienne puis à Munich. En 1885, il est reçu à l’École des Beaux Arts de Munich et poursuit sa formation artistique. Parmi ses enseignants on trouve certains des plus grands peintres de l’époque comme Hans Makart (peintre autrichien aujourd’hui surtout reconnu pour son influence sur l’oeuvre de Gustav Klimt).

Il poursuit son apprentissage dans deux académies parisiennes avant d’être embauché en 1889 par les éditions Armand Colin. C’est là, qu’il travaillera avec Joseph Lemercier, un des plus importants imprimeurs lithographes parisiens du XIX ème siècle.

C’est en 1894 qu’il va réaliser l’affiche qui le rendra célèbre.

Mucha et Sarah Bernhard

Henriette-Marie-Sarah Bernhardt dite Sarah Bernhard est une actrice française née à Paris en 1844. Elle est considérée comme l’une des plus grandes tragédiennes françaises du XIX ème siècle. Formée au conservatoire d’art dramatiques de Paris, elle collabore avec les écrivains les plus en vu de son temps : Oscar Wilde, Edmond Rostand ou encore Marcel Proust.

Le premier dessin de Sarah Bernhard réalisé par Mucha paraît dans une revue de théâtre. Cependant leur collaboration débuta un 24 décembre au soir. Mucha qui rendait une faveur à un ami était le seul dessinateur encore à l’atelier de Lemercier quand Sarah Bernhard appela son directeur Maurice Brunhoff. Elle souhaitait trouver un illustrateur pour réaliser une affiche pour Gismonda, de Victorien Sardou. La pièce se jouait depuis début novembre au Théâtre de la Renaissance et ne faisait pas salle comble. Elle souhaitait donc en faire la publicité avant la prochaine représentation début janvier 1895. Comme une demande de celle que l’on surnommait alors « La Divine » ne pouvait pas être refusée, Brunhoff se voit contraint de confier le travail à Mucha. Il lui donne quarante-huit heures afin de réaliser l’affiche.

Mucha relève le défi. Cette affiche, que nous vous présentons plus bas, représente une révolution au niveau du design. L’emploi des couleurs pastels ainsi que l’illustration taille réelle de l’artiste n’était pas dans les habitudes de l’époque. Le croquis et l’affiche finale sont visible au musée.

« Ah ! Que c’est beau ! Dorénavant, vous travaillerez pour moi, près de moi. Je vous aime déjà. »

Sarah Bernhard selon ses mémoires lorsqu’elle découvre l’affiche réalisée par Mucha

L’affiche eu un tel succès que nombre de parisiens déchirèrent les posters au rasoir la nuit venue afin de les emporter chez eux. Sarah quant à elle fut si conquise par le travail de Mucha qu’elle l’embaucha pour un contrat de six ans comme illustrateur personnel.

La Fondation Mucha possède également une autre affiche « légendaire ». Médée est un poster créé pour Sarah Bernhard en 1898, du temps de leur collaboration. Cette affiche est plus sombre tant dans les couleurs que dans le thème en comparaison avec la majorité des affiches de la période parisienne du peintre. Sur le bras gauche de Médée, un bracelet en forme de serpent attire l’oeil. Imaginé par Mucha, il ne faisait pas parti des accessoires de scène prévus pour la représentation. Mais, séduite par le graphisme du bijou, celle que Victor Hugo surnomme « la Voix d’or », demandera a George Fouquet de le réaliser afin qu’elle puisse le porter sur scène.

Le jeu de scène de Sarah Bernhard ne se limitait pas a des personnages féminins. Elle a également joué des héros masculins très connus. C’est à l’occasion de l’un de ces rôles que Mucha réalisa en 1899 Hamlet que vous pouvez voir plus bas. Comme dans toutes les affiches de l’illustrateur, le personnage central n’est pas le seul élément d’importance. On peut voir ici représenté dans le fond, le fantôme du père d’Hamlet assassiné, hantant les ramparts d’Elsinore.

Si Hamlet fut la dernière affiche que Mucha réalisa pour Sarah, il était déjà reconnu comme une figure de proue du mouvement Art Nouveau quand s’ouvrit l’exposition universelle de Paris de 1900.

Mucha de retour en Moravie

C’est en 1910 que Mucha retourne dans sa région natale : la Moravie. Son travail devient alors plus engagé, plus politique.

La Moravie est depuis la Bataille de la Montagne Blanche (Bílá hora en Tchèque) en 1620 soumise à la politique de germanisation des Habsbourg. La langue tchèque est éliminée des administrations, des universités ou encore de la littérature. Les livres écrits en tchèque sont brûlés dans des autodafés et toute publication interdite. La langue tchèque est réduite à un moyen de communication réservé aux illettrés. Face à ce changement radical quelques intellectuels se mobilisent et un mouvement pour la Renaissance Nationale Tchèque (České národní obrození en Tchèque) voit le jour au XVIII ème siècle.

En 1862, Miroslav Tyrš, fonde le mouvement du Sokol (faucon en français). Ce mouvement mêle activités sportives, culturelles et patriotisme. Il est indissociable de la Renaissance Nationale Tchèque et de la montée du sentiment national slave. Il est d’ailleurs étroitement lié à la fondation de l’État Tchécoslovaque.

Mucha réalise ainsi quelques affiches pour les événements sportifs et les réunions du Sokol. Mais aussi quelques posters dénonçant l’oppression subit par les Slaves. Dans ces nouveaux posters le peintre affiche un style bien éloigné de sa période parisienne. Il développe une nouvelle approche du folklore, expose les couleurs et la beauté des costumes traditionnels tchèque et met en scène un archétype de la jeune femme slave.

Partie centrale de l’affiche réalisée par Mucha pour le 6ème festival du Sokol

Vous pouvez voir ci-dessus l’affiche réalisée par Mucha pour le 6ème festival du Sokol. Cette affiche se veut être un portrait réaliste d’une jeune femme slave portant un manteau rouge, couleur typique du mouvement. La jeune femme porte une couronne qui n’est pas sans rappeler les remparts de Prague et un sceptre représentant l’emblème de la ville. Dans son autre main elle transporte des couronnes faites de feuilles de tilleul, arbre emblématique des terres Tchèques. En arrière plan, on discerne une autre jeune femme Tchèque portant un faucon (Sokol en Tchèque) emblème du mouvement du même nom.

Mucha après 1915

Après la création de la Tchécoslovaquie en 1918, Mucha réalise quelques timbres pour la nouvelle nation. Son travail est également présenté à Brooklyn en 1921. L’exposition fut un véritable succès. L’affiche de promotion réalisée pour l’occasion est visible au musée de Prague.

Mais lorsque les allemands envahissent la Tchécoslovaquie en 1939, il fera parti des premieres personnes arrêtées par la Gestapo. De santé fragile, il est autorisé à rentrer chez lui et décède peu de temps après.

Pour plus d’informations, rendez vous sur le site du musée grâce au lien suivant : http://www.muchafoundation.org/about/mucha-museum .